jeudi 24 mai 2018

LA COUR DE CASSATION AUTORISE L'EXTRADITION DE MARIO SANDOVAL VERS L'ARGENTINE


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LA MÈRE DE L'ÉTUDIANT DISPARU HERNAN ABRIATA TIENT
UN PORTRAIT DE SON FILS LORS D'UNE MANIFESTATION
DEVANT L'AMBASSADE FRANÇAISE À BUENOS AIRES, EN AVRIL 2014.
PHOTO DANIEL GARCIA 
L'ancien officier de police est mis en cause dans la disparition d'un étudiant en 1976, au début de la dictature militaire.
Cour d'appel de Paris et Conseil constitutionnel en 2014, Cour de cassation en 2015, cour d'appel de Versailles en 2017 et à nouveau Cour de cassation en 2018. À 64 ans, dont 33 passés dans l'Hexagone, Mario Alfredo Sandoval est désormais un fin connaisseur des rouages de la justice française. Le combat du sexagénaire? Échapper à l'extradition vers l'Argentine, son pays d'origine, qui l'attend de pied ferme depuis l'émission d'un mandat d'arrêt international en 2012 par le juge Sergio Torres.

Combat finalement perdu: dans son arrêt rendu ce jeudi la Cour de cassation a décidé de rejeter le recours de Mario Sandoval. Un décret d'extradition doit désormais être signé. «On va tout mettre en œuvre pour que cette signature intervienne le plus rapidement possible» afin d'éviter que le principal intéressé ne prenne la fuite, a déclaré à Reuters Me Sophie Thonon-Wesfreid, qui représente Buenos Aires. «Il est temps que Mario Sandoval réponde de ses actes devant la justice argentine».

Naturalisé en 1997

L'ancien officier de police de Buenos Aires est accusé d'avoir participé aux exactions - «crimes contre l'humanité, privation de liberté et torture ayant entraîné la mort» - commises par les membres de la dictature militaire, au pouvoir entre 1976 et 1983. Arrivé en France en 1985, l'Argentin se construit une toute nouvelle vie: après un DEA de philosophie politique et un doctorat en science politique, il enseigne dans plusieurs établissements d'enseignement supérieur et obtient la nationalité française en 1997.

» LIRE AUSSI - La fin d'un procès géant replonge l'Argentine dans les atrocités de la dictature

Deux ans après l'émission du mandat d'arrêt, le 28 mai 2014, la Cour d'appel de Paris autorise l'extradition de Mario Sandoval, alias «Churrasco». Elle retient néanmoins seulement le cas de la disparition en 1976 d'un étudiant en architecture de 25 ans, Hernan Abriata, dont la dépouille n'a jamais été retrouvée. Si l'Argentine soupçonne en effet Sandoval d'avoir participé durant cette période à plus de 500 faits de meurtres, tortures et séquestrations, le dossier Abriata est le seul sur lequel elle s'appuie pour demander son extradition car elle dispose d'une dizaine de dépositions l'impliquant. «Précisons que la justice française n'est pas là pour dire si mon client est coupable ou innocent, mais s'il peut être extradé ou non», souligne Me Jérôme Rousseau, l'avocat du Franco-Argentin. Ce dernier a toujours clamé son innocence.

Marathon judiciaire
Mario Sandoval contre-attaque en posant une question prioritaire de constitutionnalité. «La règle est que la France n'extrade pas ses nationaux, sauf ceux qui n'étaient pas Français au moment des faits. Nous avons estimé que cette règle allait à l'encontre du principe d'égalité, et que cela créait deux catégories de Français: ceux par naissance et ceux par acquisition», explique Me Jérôme Rousseau, avocat à la Cour de cassation. Dans son avis du 14 novembre 2014, le Conseil constitutionnel donne tort à l'avocat et son client.

L'affaire se retrouve donc devant la Cour de cassation, qui offre en 2015 une première victoire au sexagénaire en annulant la décision de la Cour d'appel. «La Cour de cassation a estimé que la cour d'appel n'avait pas expliqué comment la séquestration d'Hernan Abriata avait pu perdurer au-delà de la fin de la dictature et alors même que Mario Sandoval était parti vivre en France. L'infraction n'est donc pas continue, et de ce fait, il y a prescription», reprend Me Rousseau.

L‘affaire est renvoyée devant la cour d'appel de Versailles. Le 19 octobre 2017, celle-ci rend un avis favorable à l'extradition du sexagénaire vers l'Argentine. Une décision une nouvelle fois contestée par le principal intéressé, qui se pourvoit à nouveau en cassation. «Nous avons réitéré, à peu de chose près, notre argumentation de 2015», précise Me Rousseau. Une stratégie qui ne se sera donc pas, cette fois, avérée payante...«C'est une déception puisqu'on espérait que la Cour de cassation soit cohérente avec le précédent arrêt», a confié Me Rousseau à Reuters après l'annonce de la décision.


MICHELLE BACHELET: « LA CHEFFE DE LA CIA A COMMIS DES ACTES CONDAMNABLES »


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MICHELLE BACHELET DEVANT UNE PHOTO D'ELLE ET SON
PÈRE, ALBERTO BACHELET, TORTURÉ À MORT SOUS
LA DICTATURE D'AUGUSTO PINOCHET.
[CAPTURE D'ÉCRAN - RTS]
L’ancienne présidente du Chili Michelle Bachelet, figure de la lutte contre la torture, qu'elle a elle-même subie sous la dictature de Pinochet, critique dans un entretien à la RTS la nomination de Gina Haspel à la tête de la CIA.
ILLUSTRATION DOMINIC XAVIER
« Le fait de donner du pouvoir à quelqu'un qui a commis des actes condamnables, ce n’est pas un bon signe », estime Michelle Bachelet, commentant le fait que Gina Haspel ait dirigé une prison secrète de la CIA où la torture était pratiquée.

« Le rôle du renseignement existe, il est important, mais il faut le faire au cœur des lois éthiques et des lois du pays », dit l'ancienne présidente du Chili. « Je ne suis pas d’accord avec la torture, qu'elle soit faite par un homme ou par une femme ou quel que soit le lieu, c’est inacceptable. »
« LE SÉNAT ÉCOUTE LE TÉMOIGNAGE SUR SI GINA HASPEL
SERAIT-ELLE UNE RESPONSABLE EFFICACE DE LA C.I.A. »
«VRAIMENT EFFICACE »

Le père de Michelle Bachelet, Alberto Bachelet, général d’aviation de l’armée chilienne, a été torturé à mort par le régime d'Augusto Pinochet, après le coup d’Etat de 1973, pour être resté fidèle au gouvernement légal de Salvador Allende. Michelle Bachelet a subi à son tour des tortures. Elle a été présidente du Chili lors de deux mandats, en 2004-2010 et en 2014-2018.

Michelle Bachelet était présente à Genève pour l’Organisation Mondiale de la Santé.



mercredi 23 mai 2018

VENEZUELA : DANGER

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VMADURO RÉÉLU JUSQU’EN 2025
L’élection présidentielle vénézuélienne vient de se dérouler, finalement sans surprise. Avant le scrutin, les données étaient claires. Nicolas Maduro devait, dans des conditions économiques et sociales bien connues, rassembler le vote chaviste.
VENEZUELA : DANGER
Pour sa part, l’opposition, défaite lors derniers scrutins de fin 2017, divisée, associée dans l’opinion publique vénézuélienne (indépendamment de ce que cette dernière peut penser de Nicolas Maduro) aux violences du printemps 2017, et mise sous pression par le gouvernement, partait en ordre dispersé.

Dans sa majorité, elle appelait au boycott de l’élection, privilégiant la stratégie du « changement de régime », appuyée ici par Washington et chaque jour plus suivie par l’Union européenne, dont la France.

Une partie, celle que représente Henri Falcon, partait elle à l’élection considérant qu’il faut battre le chavisme par les urnes, éviter un « changement de régime » appuyé par l’extérieur, trouver une solution de l’intérieur et assumer de gouverner maintenant pour changer de politiques économiques (dollarisation, sollicitation du FMI).

Au niveau international, le groupe de Lima (rassemblement de 14 pays américains – centre droit et droite) soutenant l’opposition et dénonçant une rupture de l’ordre démocratique dans le pays, Washington et l’UE avaient prévenu depuis des semaines qu’ils ne reconnaîtraient pas de toute manière les résultats de l’élection.

Le vote s’est ainsi déroulé. Nicolas Maduro a réuni le vote chaviste. Dans ce contexte, sa victoire électorale est importante. Avec près de 68 % des voix, il est mieux élu, en proportion du nombre d’inscrits, que nombre de dirigeants mondiaux actuellement au pouvoir (Donald Trump aux Etats-Unis, Mauricio Macri en Argentine ou Juan Manuel Santos en Colombie). Toutefois, dans un contexte de forte abstention, cette victoire ne signifie pas un triomphe politique.

Avant la fin du vote, Henri Falcon a annoncé qu’il n’en reconnaissait plus la légitimité. Le reste de l’opposition lance une campagne sur le thème de la fraude.

Rien de neuf au Venezuela. Chacun joue sa partition. Chaque scrutin fait ainsi l’objet de ce type de campagne de la part de l’opposition. Pourtant, plus de 150 accompagnateurs internationaux étaient sur place (Union africaine, pays de la Caraïbe, Conseil des experts électoraux latino-américains) – ceux de l’UE et des Nations unies avaient refusé d’être présent pour ne pas légitimer le scrutin malgré les appels du gouvernement à venir –, les candidats à l’élection et leurs équipes ont directement participé à l’organisation du scrutin (17 contrôles techniques du système avant l’élection).

Nicolas Maduro a demandé un audit général du vote. Il annonce une refondation économique, promet des mesures nouvelles et énergiques en matière monétaire et de lutte contre la corruption interne et du secteur privé. Il peut compter sur l’appui de l’armée, ses 6 millions de voix et sur un pétrole qui augmente et dont les perspectives de hausse dans les mois à venir semblent se confirmer.

Maintenant, que peut-il se passer ?

Nicolas Maduro est réélu jusqu’en 2025. Il propose un « gouvernement de réconciliation », un « gouvernement d’union nationale pour réaliser la révolution ». Le 23 mai 2018, il a demandé à ce que la Commission pour la vérité, la justice, la paix et la tranquillité publique (instance créée au sein de l’Assemblée nationale constituante après les violences du printemps 2017) formule des propositions pour faciliter cette « réconciliation », dont certaines spécifiquement destinées à l’attention des dirigeants de l’opposition écartés de la vie politique car condamnés dans le cadre des événements de 2017.

Henri Falcon demande une nouvelle élection en octobre. Le reste de l’opposition va devoir se positionner. Nicolas Maduro propose un dialogue avec tous les candidats du 20 mai pour écrire la suite. Le troisième homme de l’élection, l’évangélique Javier Bertucci, s’y déclare prêt.

Mais surtout, les pays du Groupe de Lima annoncent des mesures qui confirment l’arrivée d’un régime de sanctions financières et commerciales renforcé contre le Venezuela. Ils demandent à leurs banques, entreprises et institutions de conditionner toute transaction avec le Venezuela à l’approbation de l’assemblée nationale du pays (dirigée par l’opposition).

De fait, c’est une reconnaissance politique donnée à l’opposition en lieu et place du gouvernement élu.

Dans leur sillage, Donald Trump a signé, le 22 mai, un nouveau « décret présidentiel » qui renforce l’embargo financier et commercial sur le Venezuela. Aucune personne ou entité américaines ne peut acheter des titres de la dette souveraine du pays, des actifs ou des biens du gouvernement vénézuélien aux Etats-Unis ou appartenant à une entité vénézuélienne dans laquelle l’Etat est présent à hauteur de 50 % (visée ici Pdvsa, la compagnie pétrolière nationale). Cette fois-ci, le président américain semble ouvrir la voie à une possible restriction des importations de pétrole vénézuélien dans son pays. En retour, le président vénézuélien a renvoyé les principaux diplomates américains en poste à Caracas aux Etats-Unis qu’il accuse de « conspiration ».

Les pays du G7 ont pour leur part déclaré, le 23 mai, que l’élection vénézuélienne « manquait de légitimité et de crédibilité ».

Ces décisions rendent impossible le moindre redressement économique du pays, le promettent à toujours plus d’étranglement et de difficultés d’approvisionnement et vont stimuler des phénomènes de radicalisation politique chez tous les acteurs. Les « hardliners » vont se renforcer dans une dynamique d’affrontement.

Aucune solution politique dans ces conditions, plus de polarisation et une escalade qui peut projeter le pays vers un point de non retour.

La crise vénézuélienne peut devenir inflammable dans toute la région. Chine, Russie, Turquie, Bolivie, Cuba, Équateur, Nicaragua, soutiennent la réélection de Nicolas Maduro.

Plus que jamais, pour l’avenir du Venezuela et de la stabilité régionale et internationale, un dialogue politique est nécessaire. Un tel dialogue ne peut être productif que s’il n’est pas soumis à des politiques de pression et de sanctions internationales. La responsabilité de nos gouvernements est engagée.

LUIS POSADA CARRILES, LE TERRORISTE DE LA MAISON-BLANCHE


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POSADA CARRILES EST, ENTRE AUTRES, L’AUTEUR INTELLECTUEL 
AVEC ORLANDO BOSCH DU SANGLANT ATTENTAT COMMIS 
LE 6 OCTOBRE 1976 CONTRE L’AVION COMMERCIAL CUBAIN 445 

QUI A COÛTÉ LA VIE À 73 PERSONNES À LA BARBADE
Le 19 avril 2007, la juge de la Cour fédérale d’El Paso (Texas), Kathleen Cardone, a accepté la mise en liberté conditionnelle de Luis Posada Carriles, le pire terroriste du continent américain, en échange d’une caution de 350 000 dollars. Le 12 avril 2007, la Cour d’appel du Cinquième Circuit de la Nouvelle-Orléans, dans un recours de dernière minute, avait en vain essayé d’empêcher la libération du criminel d’origine cubaine, incarcéré depuis mai 2005 [1]. Posada Carriles, responsable de près d’une centaine d’assassinats, est tranquillement rentré chez lui à Miami, dans l’attente de son procès qui doit débuter le 11 mai 2007 [2].
Le cas Posada Carriles mine singulièrement la crédibilité des États-Unis dans sa « lutte contre le terrorisme ». Le président Bush, qui avait affirmé à maintes reprises que toute nation qui protègerait des terroristes serait considérée comme complice, est désormais face à ses propres contradictions. En effet, Posada Carriles a été mis en examen pour séjour illégal sur le territoire étasunien. Il y était entré en mars 2005 à bord du bateau Santrina au su et au vu des autorités et n’avait été arrêté qu’après avoir tenu une conférence de presse, se vantant de ne rien craindre de la part du gouvernement étasunien qu’il avait loyalement servi pendant des décennies. Mais les sept charges qui pèsent à son encontre ne font en aucun cas référence à ses activités criminelles, mais concernent uniquement des questions de fraude migratoire et de faux temoignage [3].
ASSASSINAT DE MARCOS ORLANDO LETELIER DEL SOLAR, ANCIEN MINISTRE DE LA DÉFENSE DU GOUVERNEMENT CHILIEN DE SALVADOR ALLENDE. 
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LE 21 SEPTEMBRE 1976, PHOTO DU DOSSIER DES POMPIERS  
LORS QU'ILS ENLÈVENT LES VICTIMES  -ORLANDO LETELIER, 
ANCIEN AMBASSADEUR CHILIEN AU ÉTATS-UNIS ET RONNE 
KARPEN MOFFITT, SA  SECRÉTAIRE- DE LA VOITURE BRISÉE 
PAR L'EXPLOSION D'UNE BOMBE SUR L’« EMBASSY ROW » 
QUARTIER DES AMBASSADES DE WASHINGTON. 

Qu’est-il advenu de la Section 412 du Patriot Act qui stipule qu’il est interdit de relâcher un suspect si « sa libération menace la sécurité nationale des États-Unis ou la sécurité de la communauté ou de n’importe quelle personne [4] » ? Qu’est-il advenu de la résolution 1373 des Nations unies, votée après les attentats du 11 septembre 2001, précisant que tous les États devaient présenter les terroristes à la justice?

Dans un article publié le 10 avril 2007, le président Fidel Castro a affirmé que la décision de libérer Posada Carriles ne pouvait « provenir que de la Maison-Blanche ». « Ce fut le président Bush lui-même qui a éludé à tout moment de reconnaître le caractère criminel et terroriste de l’accusé. On l’a protégé en lui imputant une simple violation des démarches migratoires ». En effet, Washington, embarrassé par les possibles déclarations de Posada Carriles, refuse d’évoquer le passé criminel d’un de ses anciens agents car, comme le souligne le leader cubain, « accuser Posada Carriles revenait à s’accuser soi-même [5] ». L’un des plus impitoyables agents de l’histoire de la CIA est impliqué dans de trop nombreuses affaires secrètes, y compris l’assassinat du président John F. Kennedy. Posada Carriles en sait trop et sa remise en liberté était le prix à payer pour acheter son silence.

Une sanglante trajectoire terroriste

Agent de police sous la dictature de Fulgencio Batista, Luis Posada Carriles a rejoint les rangs de la CIA en février 1961 en intégrant la brigade 2506. Formé à l’École des Amériques de Fort Benning en Géorgie, il est devenu un expert en explosifs et a participé à l’agression militaire étasunienne de la Baie des Cochons en avril 1961 [6]. Agent officiel de la CIA entre avril 1965 et 1974, l’Agence a cependant maintenu « un contact occasionnel avec lui » jusqu’en 1976 [7]. Il convient de rappeler qu’en 1976 George H. W. Bush, père de l’actuel président, était le directeur de la CIA. Posada Carriles a représenté « un intérêt opérationnel pour l’Agence [8] », qui lui versait un salaire d’au moins 300 dollars par mois [9].

Le 23 juin 1964, Posada Carriles signa une déclaration au FBI à Polk City, en Floride, dans laquelle il avouait son intention de perpétrer des attentats terroristes contre Cuba. « Posada a déclaré qu’on ne leur avait pas dit qu’ils avaient le soutien du gouvernement des États-Unis, mais qu’ils croyaient avoir effectivement la tolérance du gouvernement des États-Unis par le simple fait qu’ils n’avaient été dérangés par personne lorsqu’ils réalisaient leurs activités d’entraînement militaire [10] ».

Le 17 mai 1965, le FBI déjouait un complot organisé par Roberto Alejos Arzu, un riche guatémaltèque, destiné à renverser le gouvernement de son pays d’origine. Posada Carriles faisait partie des personnes impliquées dans la conspiration, avec l’exilé cubain Luis Sierra López. Lors de l’opération, les services des douanes étasuniens avaient confisqué une impressionnante quantité d’armes et de munitions [11].

Posada Carriles a à son actif l’organisation et la réalisation de nombreux attentats terroristes. Selon le FBI, en juillet 1965, alors agent de la CIA, il avait reçu 5 000 dollars de Jorge Mas Canosa, alors dirigeant du groupuscule terroriste RECE (Representación Cubana en el Exilio) et futur leader de la puissante Fondation nationale cubano-américaine (FNCA), pour faire exploser un bateau cubain ou soviétique à Veracruz, au Mexique. Posada Carriles avait fait part de son intention de se procurer des papiers portoricains pour entrer au Mexique. Il avait à sa disposition « 100 rouleaux d’explosif C-4 [12] ».

Dans les années 1970, Posada Carriles a œuvré comme responsable de la division de contre-espionnage des services de renseignements vénézueliens, la DISIP, participant à la torture et à l’exécution de nombreux opposants politiques, syndicalistes et militants sociaux, jusqu’en 1974 [13].

Posada Carriles est, entre autres, l’auteur intellectuel avec Orlando Bosch du sanglant attentat commis le 6 octobre 1976 contre l’avion commercial cubain 445 qui a coûté la vie à 73 personnes à la Barbade, incluant toute l’équipe junior d’escrime cubaine qui venait de remporter les jeux panaméricains. Selon un rapport secret de la CIA, rédigé le 22 juin 1976 et portant le titre « Plans possibles d’extrémistes cubains exilés de faire sauter un avion de Cubana », un groupe terroriste « dirigé par Orlando Bosch » avait l’intention de placer une bombe dans un avion civil cubain. L’information avait été fournie à la CIA par un homme d’affaire très proche de la communauté cubaine en exil, qualifié « d’informateur fiable ». A aucun moment, George H. W. Bush ou les autorités étasuniennes n’avaient alerté La Havane de l’imminence de l’acte terroriste [14].

L’attaché du FBI à Caracas était en contact avec le Vénézuelien Hernan Ricardo Lozano, l’un des terroristes qui, avec Freddy Lugo, avait placé la bombe dans l’avion le 6 octobre 1976, comme le confirme un rapport confidentiel de l’agence étasunienne datant du 9 octobre 1976, soit trois jours après l’effroyable crime. Le document affirme que Lozano était un journaliste free lance employé « par une entreprise de sécurité industrielle dirigée par Luis Posada ». Le rapport souligne cependant que Lozano « était en fait au service personnel de Luis Posada ». Lozano avait fait part au FBI de son intention de réaliser des attentats contre l’ambassade cubaine à Caracas. Le 30 septembre 1976, il avait sollicité un visa pour se rendre à Porto Rico en vue d’y faire un reportage. Le FBI remarquait une étrange coïncidence dans son rapport :

« En révisant le passeport et la demande de visa, Legat [le FBI] a noté que Ricardo [Lozano] avait voyagé de Caracas à Port-of-Spain, Trinidad, le 29 août 1976 et était retourné à Caracas le 1 septembre 1976. Legat rappelait que l’attentat à la bombe contre le consulat de Guyana avait eu lieu approximativement à 10h15 le 1er septembre 1976 et s’est demandé si au vu de l’association de Ricardo avec Posada sa présence là-bas, durant cette période, était une coïncidence [15] ».

Le FBI avait de forts soupçons sur les activités terroristes de Ricardo Lozano et Posada Carriles mais avait néanmoins accepté d’octroyer un visa au premier. Lozano avait même indiqué au FBI qu’il comptait visiter la Barbade. Le 8 octobre 1976, le FBI apprenait par une source confidentielle que Ricardo Lozano avait été arrêté à Trinidad pour le meurtre de 73 personnes [16].

Un rapport remis au secrétaire d’État Henry Kissinger par le Bureau d’intelligence et de recherche du Département d’État, au sujet de l’attentat du 6 octobre 1976, confirme la culpabilité de Ricardo Lozano et indique qu’il avait été entraîné dans le maniement d’explosifs par Posada Carriles. Le poseur de bombe était également un membre de la DISIP et avait été recruté par Posada Carriles quand ce dernier occupait le poste de responsable. « Le gouvernement vénézuelien est inquiet et ferait face à de sérieux problèmes si ces connections devenaient publiques », notait le rapport [17].

Freddy Lugo était un photographe employé par l’entreprise de Posada Carriles. Il avait également travaillé pour la DISIP dans les mêmes conditions que son complice. « Le nom et le numéro de téléphone de l’attaché du Legat étasunien ont été découverts dans le carnet d’adresse de Lugo lors de son arrestation à Trinidad. [L’agent du FBI Joseph] Leo affirme qu’il n’a pas eu de contacts avec Lugo et spécule que son nom et numéro de téléphone ont été fournis à Lugo par Posada », soulignait le document remis à Kissinger [18].

Le président vénézuelien de l’époque, Carlos Andrés Pérez, était un sympathisant de Orlando Bosch et lui permettait de circuler librement sur son territoire, selon la CIA. Andrés Pérez avait accepté de fermer les yeux sur les activités terroristes de Bosch et ce dernier s’était engagé à ne pas utiliser le sol vénézuélien comme base d’opérations. C’est de cette manière qu’un président de la République s’était rendu complice de la disparition violente de 73 innocents [19].

Le rapport remis a Kissinger faisait état des déclarations de Posada Carriles lors d’un dîner de collecte de fonds en septembre 1976 : « Maintenant que notre organisation a fini le travail de Letelier de bonne manière, nous allons essayer quelque chose d’autre [...]. Nous allons frapper un avion cubain ». « Le travail de Letelier » faisait référence à l’assassinat de Marcos Orlando Letelier del Solar, ancien ministre de la Défense du gouvernement chilien de Salvador Allende. Une bombe avait été placée dans sa voiture le 21 septembre 1976 par l’organisation CORU, une « organisation terroriste anticastriste », selon le FBI, dirigée par Orlando Bosch et à laquelle appartenait Posada Carriles. La secrétaire personnelle de Letelier, de nationalité étasunienne, Ronnie Moffit, avait également perdu la vie lors de l’attentat [20].

Un autre rapport du FBI datant de novembre 1976 confirme également l’implication de Luis Posada Carriles dans l’attentat contre l’avion de Cubana de Aviación. « Certains plans concernant l’attentat à la bombe contre un avion de Cubana ont été discutés dans un bar de l’hôtel Anuco Hilton de Caracas, Venezuela. Frank Castro, Gustavo Castillo, Luis Posada Carriles et Morales Navarrete étaient présents à la réunion ». Une autre rencontre pour planifier le crime avait eu lieu dans l’appartement de Ricardo Morales Navarrete, un agent de la DISIP, à l’hôtel Anuco Hilton avec la présence de ce dernier, de Posada Carriles et de Frank Castro. Le Front national de libération de Cuba (FNLC), autre « organisation terroriste anticastriste », selon le FBI, était censé revendiquer l’attentat. Auparavant, Posada Carriles et son groupe avaient également essayé de faire exploser plusieurs avions civils cubains au Panama et en Jamaïque [21].

D’après le FBI, plusieurs membres du gouvernement vénézuelien étaient impliqués dans l’attentat. Morales Navarrete avait déclaré que si Posada Carriles et ses complices se mettaient à parler, « nous aurons notre propre Watergate ». Orlando García Vásquez, le ministre conseiller pour les Affaires de sécurité du président Carlos Andrés Pérez, avait avoué au FBI qu’il était persuadé que Carlos Fabbri, l’expert en explosifs de la DISIP, avait soit fabriqué la bombe ou bien était au courant des préparatifs du forfait. Selon le FBI, Fabbri était « un bon ami de Posada » et ils avaient été tous deux arrêtés dans le passé par les autorités vénézueliennes pour avoir fourni de faux papiers et des explosifs à Orlando Bosch. Le 27 octobre 1976, le gouvernement vénézuelien publiait une déclaration affirmant qu’aucun Morales Navarette ne travaillait à la DISIP, en vue d’étouffer l’affaire. Morales Navarette avait, quant à lui, indiqué à une amie de Floride de ne plus l’appeler à l’hôtel car il n’existait plus officiellement [22].

L’un des tous premiers rapports du FBI sur le crime de La Barbade, publié le 7 octobre 1976, était catégorique quant à la responsabilité de Posada Carriles et de Orlando Bosch : « Posada et Bosch ont orchestré l’attentat à la bombe contre l’avion ». Une source avait informé le FBI de l’implication des deux terroristes cubains [23]. Après l’attentat, Hernan Ricardo Lozano avait téléphoné à Orlando Bosch et lui avait indiqué : « un bus avec 73 chiens est tombé d’une falaise et tous étaient morts [24] ».

Posada Carriles avait été arrêté et jugé au Venezuela. Mais alors que son procès était en phase d’appel, il avait réussi à s’échapper de prison le 18 août 1985 grâce à la complicité de l’extrême droite cubaine de Floride. Il avait rejoint par la suite le lieutenant-colonel Oliver North au Salvador et s’était installé sur la base aérienne de Ilopango où il avait participé à l’organisation de la guerre terroriste contre le gouvernement sandiniste du Nicaragua, en fournissant des armes aux contras [25].

Entre avril et septembre 1997, une vague d’attentats terroristes avait secoué l’industrie touristique cubaine coûtant la vie au jeune Italien Fabio di Celmo et blessant de nombreuses personnes. Le 12 juillet 1998, Luis Posada Carriles concédait une interview au New York Times dans laquelle il se vantait d’être la personne qui avait commis le plus grand nombre d’actes terroristes contre Cuba, revendiquant la paternité intellectuelle des attentats de 1997. Selon lui, le touriste italien « se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment ». Lorsque la journaliste Ann Louise Bardach le questionna pour savoir s’il regrettait son geste, sa réponse, empreinte de cynisme, fut sans équivoque : « Je dors comme un bébé ». Posada Carriles avoua que Jorge Mas Canosa le finançait pour ses activités criminelles : « Jorge contrôlait tout. A chaque fois que j’avais besoin d’argent, il demandait à ce que l’on me fasse parvenir 5 000 dollars, que l’on me fasse parvenir 10 000 dollars, 15 000 dollars ». Au total, Posada Carriles a reçu plus de 200 000 dollars de la part de Mas Canosa et de la FNCA [26].

Le 17 novembre 2000, Posada Carriles fut arrêté au Panama pour activités terroristes. Il avait, en effet, placé 45 kilos d’explosifs C-4 dans l’amphithéâtre de l’Université de Panama où s’étaient réunis 2 000 étudiants pour écouter le discours du président Fidel Castro. Condamné à 8 ans de réclusion criminelle, Posada Carriles avait été gracié le 25 août 2004 par la présidente du Panama, Mireya Moscoso, dont le mandat arrivait à échéance le 31 août 2004. Elle avait, par ailleurs, violé la loi panaméenne qui stipule qu’il est possible d’exercer la grâce auprès d’un prisonnier seulement si la procédure judiciaire est arrivée à son terme. Or, le procès de Posada Carriles se trouvait en phase d’appel. Il est maintenant de notoriété publique que Moscoso avait agi ainsi pour satisfaire les désirs de l’extrême droite cubaine de Miami, ville où elle réside actuellement, et suite aux pressions de Washington [27].

Ceci ne constitue qu’une infime partie du récit des activités terroristes de Posada Carriles. Il a été impliqué dans de nombreux autres actes criminels y compris plusieurs tentatives d’assassinat contre le président Fidel Castro lors de sa visite à Salvador Allende en 1971, lors de son voyage au Venezuela en 1988 et durant le second Sommet ibéro-américain de Madrid en 1992. Il est également responsable de l’assassinat de plusieurs fonctionnaires cubains en Argentine en août 1976 et a collaboré avec les services secrets d’Augusto Pinochet au Chili, dans la disparition de nombreux opposants politiques [28].

Orlando Bosch

Qu’est-il advenu d’Orlando Bosch, responsable avec Posada Carriles de la tragédie criminelle d’octobre 1976 ? Il se promène tranquillement dans les rues de Miami. En 1989, Bosch se trouvait en prison en Floride. Apres avoir purgé sa peine au Venezuela, il était retourné aux États-Unis où il fut détenu pour avoir violé sa libération conditionnelle pour un attentat terroriste commis sur le territoire étasunien en 1972. Le 23 juin 1989, le Département de la Justice des États-Unis publiait un rapport à son sujet stipulant que Bosch devait être déporté en raison de ses activités terroristes internationales. Orlando Bosch « a exprimé et démontré à plusieurs reprises une volonté d’infliger des blessures et de causer la mort de manière indiscriminée ». Le vice-ministre de la Justice de l’époque, Joe Whitley, avait souligné dans le rapport les raisons pour lesquelles Bosch devait être déporté : «  L’explosion de l’avion civil cubain le 6 octobre 1976 était une opération de la CORU sous la direction de Bosch ». Mais Bosch n’a pas été déporté à Cuba comme le souhaitait Whitley. Le 20 juillet 1990, il bénéficiait d’une grâce présidentielle de la part de George H. W. Bush [29].

Orlando Bosch n’a jamais renié son passé terroriste. Au contraire, il fait des apparitions régulières dans les médias de Floride. Le 5 avril 2006, Bosch était invité par le journaliste Juan Manuel Cao de la Chaîne 41 de Miami :

Juan Manuel Cao  : « Avez-vous abattu cet avion en 1976 ?
Orlando Bosch  : Si je vous dis que j’étais impliqué, je serais en train de m’inculper, et si je vous dis que je n’ai pas participé à cette action, vous me diriez que je suis un menteur. Par conséquent, je ne vais ni confirmer ma participation, ni l’infirmer.
Juan Manuel Cao  : Dans cette action, 76 [en réalité 73] personnes ont été tuées.
Orlando Bosch  : Non mon gars, dans la guerre que nous les Cubains qui aimons la liberté menons contre le tyran, vous devez abattre des avions, vous devez couler des bateaux, vous devez vous préparer à attaquer tout ce qui est à votre portée.
Juan Manuel Cao  : N’avez-vous aucun remords envers ceux qui ont été tués lors de cet acte, envers leurs familles ?
Orlando Bosch  : Qui était à bord de cet avion ? Quatre membres du Parti communiste, cinq nord-Coréens, cinq [en réalité onze] Guyanais. Putain mon gars, quatre membres du Parti communiste !! Qui était présent ? Nos ennemis !
Juan Manuel Cao  : Et les escrimeurs ? Les jeunes gamins à bord ?
Orlando Bosch  : J’étais à Caracas. J’ai vu les jeunes filles à la télévision. Elles étaient six. À la fin de la compétition, la capitaine des six a dédié leur triomphe au tyran, etc. Elle a tenu un discours très élogieux envers le tyran. Nous nous étions déjà mis d’accord à Santo Domingo, toute personne venant de Cuba qui glorifierait le tyran devait courir les mêmes risques que ces hommes et ces femmes qui luttent avec cette tyrannie.
Juan Manuel Cao  : Si vous deviez rencontrer les familles des victimes, ne trouveriez-vous pas cela difficile de...
Orlando Bosch  : Non, parce qu’en fin de compte ceux qui étaient présents devaient savoir qu’ils coopéraient avec la tyrannie à Cuba [30] ».

Voilà les propos tenus par Orlando Bosch sur une chaîne de télévision à Miami, en toute impunité.

Le double standard dans la lutte contre le terrorisme

Aux yeux du monde, l’administration Bush ne dispose plus d’aucune crédibilité dès lors qu’il s’agit d’évoquer la « lutte contre le terrorisme ». Tant qu’elle se refusera à juger Luis Posada Carriles pour ses crimes, lui permettant ainsi de bénéficier d’une impunité qui constitue une offense indescriptible pour la mémoire des victimes et leurs familles, elle ne sera pas prise au sérieux par la communauté internationale. Il ne peut pas y avoir d’exception dans la lutte contre le terrorisme.

Les États-Unis refusent toujours d’extrader Posada Carriles au Venezuela où il est toujours recherché par la justice, arguant du prétexte qu’il pourrait y subir des actes de torture. Au delà de l’accusation grotesque et sans fondement, il est ironique que le pays responsable des actes de barbarie de Abu Ghraïb et de Guantanamo soit soudain préoccupé par le risque de mauvais traitements. Hugo Chávez a de nouveau réitéré sa demande : « Nous exigeons que ce terroriste et assassin soit extradé au Venezuela et non pas protégé ». Le président de la République bolivarienne a dénoncé le double standard dans la lutte contre le terrorisme. « Le masque est tombé une nouvelle fois », a-t-il noté, pointant du doigt les contradictions de l’administration Bush [31]. Mais peut-on s’attendre à autre chose de la part de l’actuel locataire de la Maison-Blanche ?

Le Nicaragua a condamné la décision de Washington, décision qui « promeut le terrorisme », selon Managua. Le président Daniel Ortega fait part de ses intentions : « Je suis en train de donner des instructions pour que le Nicaragua, en plus de condamner [la libération], offre son territoire pour que Posada Carriles soit jugé dans notre pays, en prenant en compte le fait qu’il a également commis des actes terroristes ici [32] ».

Le sénateur démocrate de l’Ohio, Dennis Kucinich, a également regretté la libération de Posada Carriles dans une lettre adressée au ministre de la Justice, Alberto González. « S’il est libéré de prison, notre crédibilité face au monde sera compromise, car ce serait agir contre notre guerre au terrorisme », a-t-il souligné [33].

Les 118 pays membres du Mouvement des non alignés (MNA) ont adopté à l’unanimité une résolution condamnant la remise en liberté du terroriste d’origine cubaine. Le MNA a fait part de sa « grande préoccupation » au sujet de la « libération sous caution » du « terroriste international notoire Luis Posada Carriles ». « Il est de notoriété publique que M. Posada Carriles est responsable de nombreux actes terroristes contre Cuba et d’autres pays, y compris l’attaque terroriste contre un avion de Cubana de Aviación en octobre 1976, qui a provoqué la mort de 73 civils innocents [...]. Malgré cela, il a été incarcéré sur le territoire des Etats-Unis pour un simple délit migratoire alors que l’on a ignoré la demande vénézuélienne [d’extradition]. Le MNA a demandé à Washington de respecter « les obligations contractées dans la lutte contre le terrorisme, en vertu du droit international et du droit humanitaire international, en jugeant ou, le cas échéant, en extradant les auteurs des actes terroristes ». La Maison-Blanche a également été priée de n’apporter aucun « soutien politique, diplomatique, moral ou matériel au terrorisme », et de remettre Posada Carriles à la justice vénézuélienne [34].

Dans le même temps, cinq Cubains croupissent dans les geôles étasuniennes depuis 1998 pour avoir infiltré les groupuscules terroristes de Floride, en vue d’empêcher la réalisation d’attentats contre leur pays, comme ceux de 1976 ou de 1997. Après une parodie de procès, Gerardo Hernández, Antonio Guerrero, Ramón Labañino, Fernando González et René González ont été condamnés à quatre peines de prison à vie doublées de 77 ans au total pour « conspiration » et « tentative d’espionnage », alors qu’aucune preuve n’a pu être apportée pour étayer les accusations. Mieux encore, plusieurs militaires étasuniens de haut rang tels que le contre-amiral de la Marine de guerre des États-Unis Eugene Carroll, le Général de division de l’Armée des États-Unis Edwards Breed Atkeson et le Lieutenant général des Forces aériennes des États-Unis James R. Clapper ont déclaré, lors du procès, que les Cinq ne s’étaient pas rendus coupables d’actes d’espionnage. Le procureur a même reconnu devant le jury, dans une déclaration surréaliste, que prouver la culpabilité des accusés constituait « un obstacle insurmontable pour les États-Unis ». Il a néanmoins exigé la condamnation des cinq Cubains. Le jury a suivi la requête du parquet sans sourciller, sans poser une seule question et sans demander le moindre éclaircissement [35].

Le gouvernement des États-Unis refuse toujours d’autoriser les visites familiales pour certains de ces prisonniers politiques. Adriana Pérez, épouse de Gerardo Hernández, n’a pas vu son mari depuis plus de huit ans. Il en est de même pour Olga Salanueva, compagne de René Gonzalez. Ivette, la fille de René González, âgée de neuf ans, a dû attendre plus de huit ans pour connaître enfin son père. L’administration Bush a également rejeté les requêtes des Nations unies et d’Amnesty International exigeant la fin des « traitements cruels, inhumains et dégradants » et un procès équitable. Ce scandale judiciaire et humanitaire intolérable a complètement été censuré par les medias [36].

L’un des aspects les plus honteux dans l’affaire Posada Carriles est le refus de la presse internationale de le qualifier de terroriste. Les expressions les plus variées sont utilisées pour le décrire : « militant », « militant cubain », « militant anticastriste », « exilé cubain », « exilé anticastriste », « militant anticommuniste », « anticommuniste » sans jamais prononcer une seule fois, tout comme l’administration Bush, le qualificatif qui lui sied, c’est-à-dire, « terroriste ». Dans une certaine mesure, les médias occidentaux acceptent, assimilent et promeuvent la doctrine du « bon et du mauvais terroriste » élaborée par Washington. Comment interpréter cette attitude autrement que par un inqualifiable et impardonnable acte de complicité dans le terrorisme contre Cuba ? Car, de toute évidence, la culpabilité de Posada Carriles ne fait aucun doute [37].

Pour la presse internationale, faire exploser un avion en plein vol et assassiner 73 personnes (y compris des femmes et des enfants), si celles-ci sont cubaines, ne constitue pas un acte effroyable de terrorisme, mais un acte de « militantisme ». Pour les médias, organiser une vague d’attentats sanglants contre l’industrie touristique cubaine ne fait pas de son auteur intellectuel un criminel sans foi ni loi mais un simple « militant anticastriste ». La mémoire des victimes du pire terroriste du continent américain mérite un peu plus de respect.

Les cas de Posada Carriles et des cinq Cubains injustement emprisonnés illustrent l’hypocrisie monumentale dont fait preuve Washington dans sa guerre contre le terrorisme. Il semble que l’administration Bush n’a pas de limite dans son irrationnelle course à l’infamie.

Notes : 
[1] Associated Press, « Cuban Militant Freed From U.S. Custody », 19 avril 2007 ; Wilfredo Cancio Isla, « Un tribunal de Nueva Orleáns bloquea la libertad a Posada », El Nuevo Herald, 13 avril 2007.
[2] Alicia A. Caldwell, « Appeals Court Blocks Militant’s Release », Associated Press, 13 avril 2007 ; Associated Press, « US Judge Says Cuban Militant Accused in Plane Bombing Should Be Free on Bail Pending Trial », 6 avril 2007.
[3] Wilfredo Cancio Isla, « El gobierno trata de impedir fianza de Posada », El Nuevo Herald, 10 avril 2007.
[4] Public Law 107-56, Uniting ans Strengthening America By Provinding Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism (USA PATRIOT ACT) Act of 2001, Government Printinf Office, 26 octobre 2001, Section 412.
[5] Fidel Castro Ruz, « La respuesta brutal », Granma, 10 avril 2007.
[6] Central Intelligence Agency, « Personal Record Questionnaire on Posada », 21 janvier 1972, Luis Posada Carriles, the Declassified Record, The National Security Archive, George Washington University. http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB153/19720417.pdf (site consulte le 16 avril 2007).
[7] Central Intelligence Agency, « Suspected Bombing of Cubana Airlines DC-8 Near barbados, West Indies, October 6,1976 », 16 octobre 1976, Luis Posada Carriles, the Declassified Record, The National Security Archive, George Washington University. http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB153/19761016.pdf (site consulte le 16 avril 2007).
[8] Central Intelligence Agency, « Luis Pozada », 7 juin 1966. Luis Posada Carriles, the Declassified Record, The National Security Archive, George Washington University. http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB153/19660600.pdf (site consulte le 16 avril 2007).
[9] John E McChugh, « Subjet : non declassifie », 18 juillet 1966, Federal Bureau of Investigation, Luis Posada Carriles, the Declassified Record, The National Security Archive, George Washington University. http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB153/19660718.pdf (site consulte le 16 avril 2007).
[10] Federal Bureau of Investigation, « Cuban Representation in Exile (RECE) ; Internal Security - Cuba ; Neutrality Matters », 13 juillet 1965, Luis Posada Carriles, the Declassified Record, The National Security Archive, George Washington University. http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB153/19650713.pdf (site consulte le 16 avril 2007).
[11] Federal Bureau of Investigation, « Roberto Alejos Arzu ; Luis Sierra Lopez. Neutrality Matters, Internal Security, Guatemala », 17 mai 1965, Luis Posada Carriles, the Declassified Record, The National Security Archive, George Washington University. http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB153/19650517.pdf (site consulte le 16 avril 2007).
[12] Federal Bureau of Investigation, « Luis Posada Carriles. IS- Cuba », 7 juillet 1965, Luis Posada Carriles, the Declassified Record, The National Security Archive, George Washington University. http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB153/19650707.pdf (site consulte le 16 avril 2007).
[13] Agencia Bolivariana de Noticias, « Liberación de Posada es una hora bochornosa para el mundo », 19 avril 2007.
[14] Central Intelligence Agency, « Possible Plans of Cuban exle Extremists to Blow Up A Cubana Ailiner », 22 juin 1976, Luis Posada Carriles, the Declassified Record, The National Security Archive, George Washington University. http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB153/19760622.pdf (site consulte le 16 avril 2007).
[15] Federal Bureau of Investigation, « Suspected Bombing of Cubana Airlines DC-8 Near barbados, West Indies, October 6,1976 », 9 octobre 1976, Luis Posada Carriles, the Declassified Record, The National Security Archive, George Washington University. http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB153/19761009.pdf (site consulte le 16 avril 2007).
[16] Ibid.
[17] Harold H. Saunders, « Castro’s Allegations », 18 octobre 1976, State Department, Bureau od Intelligence and Research, Luis Posada Carriles, the Declassified Record, The National Security Archive, George Washington University. http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB153/19761018.pdf (site consulte le 16 avril 2007).
[18] Ibid.
[19] Ibid.
[20] Ibid.  ; Federal Bureau of Investigation, « Bombing of Cubana Airlines DC-8 Near Barbados, West Indies, october 6, 1976. Neutrality Matters, Cuba- West Indies », novembre 1976, Luis Posada Carriles, the Declassified Record, The National Security Archive, George Washington University. http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB153/19761102.pdf (site consulte le 16 avril 2007).
[21] Federal Bureau of Investigation, « Bombing of Cubana Airlines DC-8 Near Barbados, West Indies, october 6, 1976. Neutrality Matters, Cuba- West Indies », op. cit.
[22] Ibid.
[23] Federal Bureau of Investigation, « Suspected Bombing of Cubana Airlines DC-8 Near barbados, West Indies, October 6,1976 », 7 octobre 1976, Luis Posada Carriles, the Declassified Record, The National Security Archive, George Washington University. http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB153/19761008.pdf (site consulte le 16 avril 2007).
[24] Federal Bureau of Investigation, « Bombing of Cubana Airlines DC-8 Near Barbados, West Indies, october 6, 1976. Neutrality Matters, Cuba- West Indies », op. cit.
[25] Felix I. Rodriguez, « Testimony of Felix I. Rodriguez Before the Joint Hearings on the Iran-Contra Investigation [Excerpt] », 27 mai 1987, Luis Posada Carriles, the Declassified Record, The National Security Archive, George Washington University. http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB153/19870527.pdf (site consulte le 16 avril 2007).
[26] Ann Louise Bardach & Larry Rohter, « Key Cuba Foe Claims Exiles’ Backing », New York Times,12 juillet 1998.
[27] International Herald Tribune, « Four Cubans Pardoned », 27 août 2004 ; Anita Snow, « Mireya Moscoso indulta a cuatro anticastristas », El Nuevo Herald, 27 août 2004 ; Glenn Kessler, « U.S. Denies Role in Cuban Exile’s Pardon », Washington Post, 27 août 2004 : A18.
[28] Agencia Bolivariana de Noticias, « Posada Carriles : Prontuario de un terrorista made in USA », 19 avril 2007.
[29] James LeMoyne, « Cuban Linked to Terror Bombings Is Freed by Government in Miami », The New York Times, 18 juillet 1990, Section A, p.1 ; The New York Times, « The Bosch Case Does Violence to Justice », 20 juillet 1990, Section A, p. 26.
[30] Salim Lamrani, Fidel Castro, Cuba et les Etats-Unis (Pantin : Le Temps des Cerises, 2006).
[31] Agencia Bolivariana de Noticias, « Mandatario venezolano exigió nuevamente extradición de Posada Carriles », 19 avril 2007.
[32] Agencia Bolivariana de Noticias, « Daniel Ortega anunció que Nicaragua solicitará extradición de Posada Carriles », 19 avril 2007.
[33] Deisy Francis Mexidor, « Condenan libertad del verdugo », Granma, 20 avril 2007.
[34] Mouvement des Non Alignés, « Movimiento No Alineados presenta protesta ante la ONU por liberación de Posada Carriles », Cubadebate, 20 avril 2007.
[35] Salim Lamrani, Superpowers Principles (Monroe, Maine : Common Courage Press, 2005) ; Salim Lamrani, Washington contre Cuba (Pantin : Le Temps des Cerises, 2005) ; Salim Lamrani, La guerra contra el terrorismo y el caso de los Cinco (Barcelone : El Viejo Topo, 2005), Salim Lamrani, Terrorismo de Estados Unidos contra Cuba. El caso de los Cinco (La Havane : Editorial José Martí, 20050 ; Salim Lamrani, Il terrorismo degli Stati Uniti contro Cuba (Milan : Sperling & Kupfer, 2006).
[36] Ibid.
[37] Wilfredo Cancio Isla, « Posada Carriles podría quedar en libertad condicional », El Nuevo Herald, 17 avril 2007 ; Associated Press, « Cuban Militant Posada Posts $250K Beil », 18 avril 2007 ; Ian James, « Lawyer : U.S. Protecting Cuban Militant », Associated Press, 9 avril 2007 ; Associated Press, « Judge Rejects Bid to Delay Bond Order For Anti-Castro Militant », 10 avril 2007 ; Fabiola Sanchez, « Venezuelan military Agents Raid Home of Friend od Anti-Castro Militant Posada », Associated Press, 13 avril 2007 ; Tim Weiner, « Cuban Exile Is Charged With Illegal Entry », The New York Times, 20 mai 2005, Section A, p. 14 ; Reuters, « Castro Accuses Bush of Protecting Accused Bomber », 10 avril 2007 ; Spencer S. Hsu & Nick Miroff, « U.S. Holds Suspects in War Crimes », The Washington Post, 4 avril 2007 ; Jeff Franks, « Anti-Castro Exile Freedm En Route to Miami », Reuters, 19 avril 2007 ; Los Angeles Times, « U.S. Loses Bid to Keep Posada Jailed », 18 avril 2007 ; USA Today, « Cuba, Venezuela Protest pending release of Anti-communist », 11 avril 2007 ; The Boston Globe, « Caracas Demands US Return of Militant », 21 mai 2005 ; Eric Leser, « L’arrestation de l’anticastriste Luis Posada Carriles, à Miami, embarrasse les États-Unis », Le Monde, 6 avril 2007 ; Jean-Hébert Armengaud, « Cuba réclame une figure anticastriste arrêtée aux États-Unis », Libération, 19 mai 2005.

LE PHÉNOMÈNE KARL MARX

 « LE PHÉNOMÈNE KARL MARX»
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À l’heure du capitalisme mondialisé, l’auteur du "Capital" nous permet-il d’appréhender les réalités d’aujourd’hui ? Avec les éclairages de l'économiste Thomas Piketty et du philosophe Slavoj Zizek.

À l’heure du capitalisme mondialisé, alors même que nos sociétés sont de plus en plus prospères, surviennent de nouvelles formes d’exploitation et d’aliénation, tandis que les écarts de richesse continuent de se creuser. Les analyses marxistes peuvent-elle nous aider à appréhender la complexité du monde actuel, voire à le réinventer ? Ne place-t-on pas trop d'espoirs en Karl Marx, devenu aujourd'hui une icône ? Des économistes, dont Thomas Piketty, et des philosophes, dont le Slovène Slavoj Zizek, nous éclairent sur les conditions sociales qui ont donné naissance au Manifeste du parti communiste et au Capital, et les comparent aux réalités du XXIe siècle. À la lumière des crises passées du capitalisme, déjà prophétisées par Marx, pourra-t-on anticiper les soubresauts à venir ?




Réalisation :  Torsten Striegnitz              Pays : Allemagne
                    Simone Dobmeier              Année : 2017 

SEXISME AU CHILI : PIÑERA ANNONCE UN PLAN D'ACTION INÉDIT


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PRESENTATION DE L'« AGENDA DE LA MUJER »,
 AU PALAIS DE LA MONEDA
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Éteindre l’incendie avant qu’il ne se propage : c’est ce qu’a tenté de faire Sebastian Piñera ce mercredi 23 mai en présentant un « Agenda de la Mujer », en direct du Palais de la Moneda, à Santiago. Une dizaine de jours après la manifestation historique organisée par le mouvement féministe étudiant en faveur d’une éducation non sexiste, le Président chilien a en effet présenté un arsenal de mesures censées garantir l’égalité des sexes.
Un mea culpa anti-machiste
PRESENTATION DE L'« AGENDA DE LA MUJER »,
 AU PALAIS DE LA MONEDA
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Le temps est venu pour les hommes et les femmes d’être égaux en droits et opportunités.” a t-il lancé aux côtés de la Première Dame, Cecilia Morel, et la ministre de la Femme et l’Egalité des genres, Isabel Plá. Une déclaration d’intention que le chef d’Etat a doublée d’un mea culpa au sujet du machisme dont le pays est imprégné. “ Le temps est venu d’assumer notre histoire, dans nos familles, dans nos emplois qui ont pu affecter nos mères, nos filles, nos femmes », a commenté M. Piñera. "Nous n'avons pas été justes envers les femmes de notre pays, j'ai aussi fait des erreurs et je ferai tout mon possible pour les corriger", a t-il assumé, avant d’annoncer une politique de “tolérance zéro face à tout abus, discrimination ou maltraitance infligée à une femme.
"Ce n'est pas une bataille d'hommes contre des femmes ou des femmes contre des hommes."
Parmi les multiples dispositions présentées, la presse locale retient en premier lieu la réforme constitutionnelle annoncée, qui prévoit d’inscrire l’égalité des droits et des devoirs entre hommes et femmes comme étant un devoir de l’Etat. Le Président chilien a également indiqué qu’il sera accordé la plus grande importance au projet de loi actuelle sur les violences conjugales tout comme sera promue une nouvelle proposition législative sur l’administration des biens matrimoniaux.

Droit à la crèche et plafond de verre

De façon plus concrète, le gouvernement souhaite mettre en place un “droit universel à la crèche”, opposable par tous les hommes et femmes qui travaillent. Le but ? Permettre aux jeunes mères de prétendre à une carrière professionnelle, ces dernières étant trop souvent naturellement désignées pour être le parent assigné au foyer. De la même façon, une réforme du système de santé privé sera proposée afin de mettre fin à la pratique de tarifs trop souvent inégalitaires. Enfin, Sebastian Piñera a annoncé la promotion d'une plus grande participation des femmes à des postes de haute responsabilité, aussi bien dans le secteur privé que public, et encourager une plus grande participation des femmes aux carrières scientifiques et technologiques. 

Ce n'est pas une bataille d'hommes contre des femmes ou des femmes contre des hommes. Ceci est une bataille de toutes les femmes et tous les hommes pour construire une société et une culture plus libre, plus respectueuse, plus prospère et plus solidaire". a t-il conclut, prenant toutefois soin de laisser, sur le banc de touche, les revendications clamées depuis des semaines par les étudiantes à travers tout le pays. Leur sanction a d'ailleurs été immédiate et sans appel : les principales organisations féministes du pays ont d'ores et déjà appelé à un nouveau rassemblement le 6 juin prochain.