vendredi 8 décembre 2017

HONDURAS / PRÉSIDENTIELLE: L'OEA DEMANDE UNE VÉRIFICATION MÉTICULEUSE DES RÉSULTATS CONTESTÉS

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PHOTO MARTÍN CÁLIX
Tegucigalpa - L'Organisation des États américains (OEA) a demandé « un processus exhaustif et méticuleux de vérification » des résultats contestés de l'élection présidentielle au Honduras, le président sortant qui revendique la victoire appelant lui ses sympathisants à une manifestation jeudi à Tegucigalpa.
Dans un communiqué, l'OEA dénonce le « manque de garantie et de transparence » ainsi que « l'accumulation d'irrégularités » enregistrée par sa mission d'observateurs, menée par l'ancien président bolivien Jorge Quiroga, estimant qu'elle « ne peut avoir des certitudes sur les résultats ».

La totalité des bulletins ont été dépouillés. Le président sortant (parti national, droite) Juan Orlando Hernandez remporterait l'élection, avec 42,98% des votes, tandis que le candidat de l'Alliance de l'opposition contre la dictature (gauche) Salvador Nasralla, présentateur de télévision, en totaliserait 41,38%, selon les résultats officiels. 

SALVADOR ALEJANDRO CÉSAR NASRALLA SALUM
PHOTO MARTÍN CÁLIX
Pour autant, le Tribunal Suprême Electoral (TSE) se refuse à déclarer un vainqueur, avant que la période de recours -qui s'achève vendredi- n'arrive à échéance. L'opposition crie à la fraude et a demandé mardi la vérification de la totalité des 18.128 procès-verbaux.

Le TSE a lui affirmé n'avoir pas encore reçu la demande formelle de l'Alliance de l'Opposition contre la Dictature.

M. Hernandez a accepté qu'un examen complet du scrutin soit effectué et proposé en outre une «vérification médico-légale » du serveur informatique du TSE, dont les pannes durant le décompte alimentent les suspicions de fraude.

« ON L'ENTEND, ON LE SENT, NASRALLA PRÉSIDENT »,  
« JOH DEHORS » - EN RÉFÉRENCE AUX INITIALES DU 
CHEF DE L'ETAT SORTANT -, SCANDAIENT DES 
CENTAINES DE MANIFESTANTS À PROXIMITÉ DU TSE
PHOTO FRED RAMOS
Mais M. Nasralla, qui a, à maintes reprises, exprimé sa méfiance à l'égard du TSE, a demandé mercredi la formation par des organisations internationales d'un organisme indépendant chargé de procéder à un examen minutieux de la totalité des bulletins. «  Il n'est pas approprié que cet arbitre continue », a dit Nasralla en référence au tribunal électoral hondurien.

Les États-Unis, craignant des violences post-électorales, ont appelé mercredi leurs ressortissants à « reporter ou annuler tout déplacement  » dans le pays tant que la crise électorale n'est pas résolue.

Dans un communiqué commun, l'Argentine, le Chili, la Colombie, le Guatemala, le Mexique, le Paraguay, le Pérou, le Chili et l'Uruguay ont exprimé leur «soutien » à un examen global du processus et ont exhorté la population à « attendre pacifiquement » les résultats.

Le président sortant M. Hernandez, donné a priori vainqueur, a appelé ses sympathisants à une manifestation jeudi dans la capitale Tegucigalpa, sous le mot d'ordre « Unis pour la paix », pour « défendre à tout prix » le résultat de l'élection présidentielle du 26 novembre.

«  Nous devons défendre ce que le peuple hondurien a donné au Parti national. Il faut défendre à tout prix ce résultat  », a déclaré le président sortant, 49 ans, au cours d'une réunion avec des sympathisants, tout en expliquant qu'il fallait éviter les affrontements avec l'opposition.

En attendant, l'état d'urgence de dix jours qui avait été décrété vendredi a été levé mercredi dans neuf des 18 départements. Il avait été instauré ainsi qu'un couvre feu après des manifestations dénonçant des fraudes électorales, et des pillages de commerces ayant fait au moins trois morts.

jeudi 7 décembre 2017

AMNESTY INTERNATIONAL. AU HONDURAS, DES PAYSANS SACRIFIÉS SUR L’AUTEL DU DÉVELOPPEMENT


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ILLUSTRATION  IÑAKI LANDA

Dans la zone la plus riche en eau, sur la façade atlantique, se trouve le village de Pajuiles en Tela, où un collectif de villageois résiste à l’installation d’un projet hydroélectrique, mené par l’homme d’affaires Jason Hawit. En août dernier, la petite communauté a été violemment expulsée par la police pour avoir fait obstacle au passage de machines destinées au chantier de construction, en montagne, du barrage de l’entreprise hydroélectrique Centrales El Progreso (Hidrocep).

Des habitants traités en quantité négligeable

Pajuiles est une sorte de réincarnation du combat de Berta Cáceres [militante indienne de l’environnement, assassinée en 2016]. Berta n’était pas la seule à s’opposer à ce programme de privatisation, mais son assassinat (sans doute commandité par l’État et les prestataires du projet contre lequel elle se battait) l’a rendue célèbre. Selon le Centre hondurien pour la promotion du développement communautaire (Ceprodec), il y a actuellement 177 projets hydroélectriques dans le pays : 46 ont été approuvés, 36 ont été signés avec la Compagnie nationale d’énergie électrique (ENEE) avec des contrats de dix à vingt ans, deux sont en fonctionnement, 17 en construction et 11 encore à l’étude. Le ministère de l’Environnement affirme que l’objectif de l’État est d’atteindre un mix énergétique comportant seulement 40 % d’énergies fossiles d’ici à 2022 et 20 % d’ici à 2038. Seul problème, les populations locales n’ont absolument pas été consultées.

Le soutien du privé au secteur de l’énergie s’est intensifié ces trente dernières années. C’est à partir des années 1990 que la filière a commencé à se développer grâce aux investissements privés.

Depuis le coup d’État de 2009 [au cours duquel les militaires ont déposé le président de l’époque, Manuel Zelaya, avant d’organiser des élections la même année], le cadre juridique a été refondé pour permettre le développement de l’énergie hydroélectrique grâce à l’approbation de nouvelles lois et à l’assouplissement des normes, et notamment celle qui interdisait d’octroyer des concessions dans des zones protégées. L’objectif était clair : augmenter la part de l’énergie hydraulique dans la production énergétique du Honduras.

Pour y parvenir, plusieurs appels d’offres internationaux ont été lancés. En 2010, de nombreuses entreprises ont signé des contrats pour construire et gérer des projets hydroélectriques. Et aucune région n’échappe à ces développements. Fait sans précédent, la législation s’est pliée aux intérêts des investisseurs. La question de l’énergie n’a pas fait exception et a entraîné une crise avec les populations locales, maintenues dans l’ignorance des projets.

Chasse aux militants 

Dans les zones en conflit avec le gouvernement, les centrales hydroélectriques sont synonymes de divisions, d’arrestations et de mort. Les divisions sont créées de toutes pièces par le petit jeu des promoteurs qui offrent de l’argent et du travail aux populations, notamment dans les régions les plus pauvres où sévit le chômage et où les opportunités manquent. Les tensions sont donc exacerbées entre les opposants, les industriels et les habitants des régions en conflit. Ceux qui résistent aux projets sont persécutés et constamment menacés, et dans le pire des cas arrêtés ou assassinés. C’est ce qui est arrivé à la célèbre écologiste Berta Cáceres, ancienne coordinatrice du Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (Copinh), qui, avant d’être tuée, avait été poursuivie par les tribunaux d’Intibucá [dans le sud-ouest du pays].

La folie extractive a coûté la vie à plus de seize militants l’année dernière au Honduras, un chiffre révélé par un rapport de l’organisation Global Witness, qui signale également que plus d’une centaine de procès ont été intentés à des écologistes. À ce contexte de persécution viennent s’ajouter les divisions internes au sein des populations locales. Pajuiles vit par exemple une réalité complexe : d’un côté ceux qui s’opposent au projet, et de l’autre les gens qui viennent de la montagne et voient dans ce projet leur unique chance d’obtenir des emplois.

Une politique mortifère

De son côté, l’État, loin de chercher des solutions, est devenu une entité aux ordres des grands groupes, instrumentalisant les institutions pour faire arrêter les défenseurs de l’environnement et pour céder des terres sans prendre en compte les dégâts engendrés. Ainsi la plus grande partie du Honduras a-t-elle été vendue à des projets hydroélectriques et miniers, et derrière les réformes législatives se dessine une manœuvre qui permet aux hommes d’affaires, aux politiques et aux investisseurs étrangers de faire de juteux profits.

La menace hydroélectrique est aujourd’hui l’un des principaux dangers pour ces populations oubliées des médias et la cause des flambées de violence dans ces zones qui auparavant se caractérisaient par la tranquillité et la convivialité.

Le conflit ne s’arrêtera pas : le gouvernement et les entreprises ne sont pas disposés à renoncer à leurs profits, et les opposants aux projets ne lâcheront rien non plus. Mais les défenseurs de l’environnement ne sont pas en position de force. Tant qu’ils n’auront pas réussi à s’entendre au sein d’un ordre du jour commun, ils seront divisés physiquement et moralement.

Le Honduras continue d’attendre une nouvelle politique énergétique, une réglementation qui tienne compte des populations locales, qui n’attente pas à la vie des gens ni à l’environnement. La mise en place de méthodes novatrices de production d’énergie doit passer par un processus inclusif et respectueux des droits de l’homme, sinon la “houille blanche” fera encore plus de dégâts.

Outre cette politique énergétique, le pays a besoin d’un État indépendant – qui ne renonce pas à sa souveraineté au profit de grands groupes détenant le pouvoir économique et politique – mais aussi d’institutions qui fonctionnent et qui ne soient pas instrumentalisées au profit de ces mêmes groupes qui profitent de leur pouvoir pour semer la peur et la répression. Le pays a besoin d’un dialogue permanent et d’un consensus national, qui mettent fin aux conflits et permettent la mise en place collective d’autres solutions pour le développement économique, énergétique, institutionnel du Honduras tout en respectant les droits des populations.


ARGENTINE : LE GOUVERNEMENT A RETIRÉ LE STATUT DE « RÉFUGIÉ POLITIQUE » À UN ANCIEN RÉSISTANT CHILIEN


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 « MAURICIO MACRI ET HERALDO MUÑOZ »

Le Gouvernement argentin a décidé de retirer le statut de réfugié politique à l'ancien résistant chilien Sergio Galvarino Apablaza, accusé dans son pays d'être l’auteur intellectuel du meurtre du sénateur "pinochetiste" Jaime Guzmán en 1991. Il existe depuis 2004 une demande d'extradition de la justice chilienne suite à une plainte du parti ultra-conservateur UDI.

SERGIO GALVARINO APABLAZA 
 À BUENOS AIRES EN 2010
Formellement, le refuge fut accordé par la Commission Nationale pour les Réfugiés, (CONARE) composée des ministères de Relations Extérieures, de la Justice, de l'Intérieur, ainsi que du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), organisme de l’ONU. C'était la pression du gouvernement de Cristina Kirchner qui avait permis le séjour d’Apablaza dans ce pays dès 2011.
La décision de lever ce statut est d'une haute valeur politique. Elle tombe en pleine campagne électorale pour le deuxième tour des présidentielles de décembre. Même si toutes les forces ont demandé l'extradition, il s’agit d’un geste envers Piñera, le candidat de Vamos Chile, qui doit affronter au deuxième tour le candidat de centre gauche Alejandro Guillier. 

GALVARINO APABLAZA (À GAUCHE) AVEC
L'AVOCAT RODOLFO YANZÓN EN ARGENTINE
.
Le Gouvernement de Mauricio Macri piétine la Convention relative au statut des réfugiés. Selon l'avocat de Galvarino Apablaza, Rodolfo Yanzón : « Le Gouvernement de Mauricio Macri a décidé de lui retirer la protection (statut de réfugié) sur la base d'un accord avec le "pinochetisme", avec l'UDI, avec des personnalités telles que les députés Issa Kort et Andrés Chadwick (apparatchik de l’UDI et cousin de Sebastian Piñera)», a-t-il déclaré à Radio Coopérative. « Du côté argentin, cette décision constitue une concession faite à monsieur Claudio Avruj, le secrétaire des Droits de l'homme, qui n’hésite pas à les violer », a-t-il ajouté. 

« Mauricio Macri piétine les droits de l'homme depuis le premier jour de sa prise de fonction, c'est un Gouvernement autoritaire. Par conséquent, nous ne sommes pas surpris qu'il piétine la Convention [*]» a déclaré l’avocat. 

« L’annonce concernant la décision argentine a été faite au Chili par le Ministre des affaires étrangères, Heraldo Muñoz. Le chancelier du Chili signale à la suite de cette décision qu’une forme de persécution politique continue d'exister au Chili. C’est un fait très grave » a assuré l’avocat . 


[*] La Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, dite Convention de Genève 

mardi 5 décembre 2017

DIX JOURS APRÈS L'ÉLECTION, LE HONDURAS N'A TOUJOURS PAS DE PRÉSIDENT


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MANIFESTANTE PRO-NASRALLA DEVANT  
UNE BARRICADE, LE 1ER DÉCEMBRE. 
 PHOTO ORLANDO SIERRA
Refusant de désigner de vainqueur, le Tribunal suprême électoral reconnaît une avance au président sortant, Juan Orlando Hernadez. Son rival de gauche, Salvador Nasralla, d'abord donné gagnant, dénonce des fraudes massives. L'état d'urgence a été décrété.
LES LOCAUX DU TRIBUNAL SUPRÊME ÉLECTORAL
 À TEGUCIGALPA, AU HONDURAS, 
LE 4 DÉCEMBRE 2017. 
PHOTO JOHAN ORDONEZ 
La situation s'enlise au Honduras. Dix jours après le scrutin présidentiel, ce petit pays d'Amérique centrale ne connaît toujours pas le nom du vainqueur. Le Tribunal suprême électoral (TSE) vient de finir le recomptage des voix. Il reconnaît une avance relativement nette au président sortant, Juan Orlando Hernadez avec 42,98% des voix, contre 41,39% à son rival de gauche, Salvador Nasralla. Pour autant, l'institution n'a pas reconnu la victoire du premier. Elle attend pour cela l'épuisement des recours possibles, qui pourraient prolonger cette période d'incertitude pendant encore 22 jours.

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SALVADOR NASRALLA DANS LES RUES DE LA
CAPITALE, TEGUCIGALPA, DIMANCHE SOIR. 
PHOTO ORLANDO SIERRA


Car Salvador Nasralla n'entend pas en rester là. Donné en tête avec 5% des voix d'avance sur la base des votes électroniques le soir du vote, il avait vu ce capital fondre au fur et à mesure du recomptage des bulletins physiques, qui ne représentent qu'un tiers des voix, alors même que son avance était jugée irréversible par les experts. «Le Tribunal électoral est un valet du président Hernadez, a-t-il dénoncé dans une interview sur France 24. Ce n'est pas une entité indépendante. [Ce renversement des résultats] est un vol à main armée.» Il fait remarquer que nombre de bulletins exprimés en faveur de son adversaire n'ont pas été pliés. Or, pour entrer dans une enveloppe, ils devaient auraient dû l'être au moins trois fois. Ils ont été, selon lui, directement glissés dans les urnes.

Les États américains ne reconnaissent pas l'élection

Appuyant le candidat de gauche, l'Organisation des États américains (OEA, qui regroupe l'ensemble des États d'Amérique du Nord, du Centre et du Sud) a annoncé lundi ne pas reconnaitre en l'état les résultats proclamés par le TSE (document PDF en espagnol), affirmant qu'ils n'apportent aucune «certitude» pour le moment.

Depuis l'annonce des résultats par le TSE, le président sortant s'est contenté de lancer un message consensuel. «Je lance un appel en faveur de la paix, de la fraternité, de la raison, de l'unité nationale. Ma détermination à œuvrer pour la paix et la tranquillité du Honduras est plus forte que jamais

La police anti-émeute avec les manifestants

Voyant la victoire promise leur échapper, les partisans de Salvador Nasralla sont descendus dans les rues ces derniers jours. Plusieurs routes importantes ont été coupées par les manifestants. Des pillards ont profité des protestations pour dévaliser des boutiques. Les dirigeants économiques du pays avertissent que l'économie hondurienne perd 40 millions d'euros par jours en raison de la crise politique.

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PLUSIEURS POLICIER ANTI-ÉMEUTE REFUSANT
DE PARTICIPER À LA RÉPRESSION DES MANIFESTATIONS.
PHOTO JOHAN ORDONEZ

Pour tenter de faire taire les protestations, le gouvernement a imposé un couvre-feu pendant les nuits. L'état d'urgence a été décrété. Cependant, lundi, des centaines de policiers, et notamment des membres de la police anti-émeute, se sont joints aux manifestants, refusant de les réprimer. Salvador Nasralla leur a également apporté son soutien. «Tout ce qui reste au peuple, c'est de se faire entendre dans les rues», estime-t-il.

« NELSON MANDELA, SUS DOS AMORES »

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« NELSON MANDELA, SUS DOS AMORES »
PABLO MILANÉS - 
  DANS LE CD PROPOSICIONES (1988)
DURÉE : 00:06:43

CHILI : BEATRIZ SÁNCHEZ SOUTIENT GUILLIER À LA PRÉSIDENTIELLE


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LA CHEF DE FILE DE LA « GAUCHE ANTILIBÉRALE » AU CHILI, BEATRIZ SANCHEZ, 
A ANNONCÉ LUNDI QU'ELLE SOUTENAIT LE CANDIDAT DU CENTRE-GAUCHE 
 ALEJANDRO GUILLIER AU SECOND TOUR DE L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE, 
 PRÉVU LE 17 DÉCEMBRE 2017 / PHOTO PRISE LE 30 NOVEMBRE 2017
PHOTO AGENCIA UNO
SANTIAGO (Reuters) - La chef de file de la gauche antilibérale au Chili, Beatriz Sanchez, a annoncé lundi qu'elle soutenait le candidat du centre-gauche Alejandro Guillier au second tour de l'élection présidentielle, prévu le 17 décembre.
PHOTO PABLO SANHUEZA
Alejandro Guillier est arrivé deuxième au premier tour le 19 novembre avec 22,6% des voix contre 36,6% au conservateur Sebastian Piñera, qui a dirigé le pays de 2010 à 2014.

Le second tour s'annonce cependant plus ouvert qu'attendu, Piñera ayant recueilli considérablement moins de voix que ne le prédisaient les sondages. L'un des derniers d'entre eux le créditait ainsi de 42%.

Beatriz Sanchez, candidate de la coalition Frente Amplio, a obtenu environ 20% des suffrages.

Elle a expliqué qu'elle avait décidé de soutenir Guillier en raison des doutes formulés par Sebastian Piñera sur la probité du scrutin au premier tour.

L'ancien président a déclaré lundi sur une radio locale avoir entendu dire que des bulletins de vote avaient été remplis à l'avance en faveur de ses rivaux.

« SOYONS RESPONSABLES ET NE DISCRÉDITONS PAS 
NOS INSTITUTIONS DÉMOCRATIQUES »

L'autorité électorale chilienne a déclaré n'avoir reçu aucune plainte d'irrégularité et les remarques de Piñera ont été largement critiquées.


« Soyons responsables et ne discréditons pas nos institutions démocratiques », a écrit sur Twitter la présidente sortante de centre gauche Michelle Bachelet.



(Antonio De la Jara; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

NARUMI, LE CRIME SANS CADAVRE


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Une pièce maîtresse qui manque cruellement sur l'échiquier des enquêteurs de la police judiciaire de Besançon. Une autre pièce manque : le suspect n° 1, Nicolas Zepeda Contreras, qui est rentré au Chili. Très loin de la justice française. L'ex-petit ami de Narumi a toujours nié à distance son implication. Malgré une série de charges confondantes.

Un nouveau périmètre pour les fouilles

La semaine dernière, la procureur locale a annoncé de nouvelles fouilles. Au sud de Dole, près de Parcey et de la forêt de Chaux. Pour arriver à cibler leurs recherches sur des secteurs restreints, les policiers ont exploité tous les éléments de téléphonie disponibles. Le portable de Nicolas Zepeda Contreras a ainsi « borné » dans cette zone après la soirée du 4 décembre et sur des périodes susceptibles de correspondre à celles nécessaires à faire disparaître un corps. La neige et le froid qui sévissent actuellement ne vont pas faciliter les opérations. Mais les policiers ont pris l'habitude de jouer contre les éléments dans cette affaire. Une enquête à rebours et à obstacles.

Ce n'est en effet qu'à la mi-décembre l'an dernier que des amis de Narumi s'inquiètent de son absence. La petite chambre de l'étudiante située sur le campus de La Bouloie est fouillée. Rien d'apparent, mais il manque une valise orange et l'ordinateur. Et puis il y a ce cri dans la soirée du 4 décembre. Les enquêteurs remontent le fil. Ce soir-là, Narumi a dîné avec son « ex », Nicolas. L'étudiant chilien et la jeune fille ont vécu une idylle au Japon pendant quelques mois. Mais depuis son arrivée en France à la fin de l'été 2016, Narumi est passée à autre chose. Nicolas, non. Il est reparti au Chili, d'où il poste sur Internet une vidéo inquiétante évoquant les « mauvaises choses » faites par Narumi, mais aussi de curieuses « conditions » à remplir sous deux semaines.

Fin novembre, il débarque en Europe, en Espagne d'abord, puis dans le Doubs. Le dimanche 4 décembre, les anciens amoureux visitent le musée Gustave Courbet à Ornans, puis dînent à la Table de Gustave, un restaurant de la commune du Doubs. Dernier dîner pour Narumi. Le couple retourne à Besançon sur le campus avant le dernier cri de l'étudiante.

Au Chili, le suspect est libre de ses mouvements

Trois jours plus tard, Nicolas quitte l'Europe pour retourner au Chili. Avec ses secrets et en ayant pris soin d'effacer toutes les données GPS de la voiture de location qu'il utilisait lors de son séjour en France. Malgré les charges qui pèsent contre lui, la justice chilienne s'est contentée d'une audition a minima. Et Nicolas est libre de ses mouvements. Les enquêteurs français ont des certitudes, mais pas de corps. D'où la multiplication des opérations de fouilles, ou encore ces 20 t de déchets qui ont été patiemment triées pour essayer d'en extraire d'éventuelles traces de la jeune étudiante japonaise. En vain.

Dans les prochaines semaines, les policiers vont donc se livrer à de nouvelles recherches. Sans doute les dernières. Elles seront scrutées depuis le Japon par la famille de Narumi et les médias, qui se passionnent pour ce fait divers. Il faudrait un peu, beaucoup de chance, aux enquêteurs pour retrouver un corps qui a pu être enterré ou même brûlé. Ce coup de pouce du destin qui vient parfois bouleverser une enquête. Sinon, l'énigme Narumi restera hantée par ce cri dans la nuit. Glacial comme une nuit d'hiver.

Une demande d'extradition du suspect en 2018

Une victime japonaise, un crime en France et un suspect chilien reparti au Chili. L'équation de l'affaire Narumi donne des maux de tête à la justice française depuis un an.

Si un mandat d'arrêt international a bien été émis contre Nicolas Zepeda Contreras dès le 26 décembre 2016, ses effets sont concrètement bien faibles. Le suspect a bien comparu, cinq minutes, devant un tribunal, mais il reste libre de ses mouvements et la justice chilienne semble peu convaincue par les charges pesant contre lui.

Retrouver le corps devient impératif

La justice française prépare donc une demande d'extradition qu'elle va transmettre à son homologue chilienne en début d'année prochaine. Pour des raisons procédurales, elle ne pourra réaliser cette demande d'extradition qu'une seule fois. Erreur interdite, donc.

Les enquêteurs espèrent donc retrouver le corps de Narumi Kurosaki d'ici là. Sinon ils transmettront un dossier, certes solide à leurs yeux, mais incomplet. La cour suprême chilienne aura ensuite deux mois pour se prononcer et dire si, oui ou non, elle confie Nicolas Zepeda Contreras à la France. Si elle refuse, il restera deux solutions aux enquêteurs : soit « dénoncer les faits » aux autorités chiliennes, leur transmettre le dossier, et le procès du suspect aurait ainsi lieu au Chili ; soit poursuivre la procédure en France et juger Nicolas Zepeda Contreras en son absence, par contumace.

vendredi 1 décembre 2017

AU HONDURAS, L’OPPOSITION CRIE À LA FRAUDE APRÈS L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE


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LE CANDIDAT DE L’OPPOSITION SALVADOR NASRALLA
LORS D’UNE MARCHE DE PROTESTATION,
LE 3 DÉCEMBRE À TEGUCIGALPA.
PHOTO RODRIGO

Donné gagnant au lendemain du scrutin par le Tribunal suprême électoral, Salvador Nasralla serait finalement devancé par le président conservateur sortant, Juan Orlando Hernandez.
DES MANIFESTANTS FAVORABLES AU 
CANDIDAT DE L’OPPOSITION ONT 
AFFRONTÉ LES FORCES ANTI-ÉMEUTES, 
À TEGUCIGALPA HONDURAS), 
LE 30 NOVEMBRE 2017.
PHOTO ORLANDO SIERRA
La tension monte au Honduras où l’opposition accuse le président conservateur sortant, Juan Orlando Hernandez, de vouloir se maintenir au pouvoir par la fraude. Après les élections présidentielle et législatives du dimanche 26 novembre, le Tribunal suprême électoral (TSE), un arbitre contesté, n’a toujours pas annoncé le vainqueur. L’évolution surprenante des résultats, qu’il a distillés, avec lenteur a ajouté à la confusion et nourri les accusations de fraude.

Par milliers, les partisans du candidat de l’Alliance de l’opposition contre la dictature, Salvador Nasralla, ont manifesté dans la capitale Tegucigalpa et dans d’autres villes du pays pour réclamer le respect de la volonté populaire. Des heurts ont éclaté, jeudi, avec les forces anti-émeutes à proximité du siège du TSE.

Dimanche soir, peu après la clôture du scrutin, MM. Hernandez et Nasralla s’étaient tous deux proclamés vainqueurs de la présidentielle à un tour. Portant sur 57 % des bureaux de vote, les premiers résultats communiqués lundi matin par le TSE plaçaient le candidat de l’opposition en tête avec cinq points d’avance sur le président sortant du Parti national (droite).

« Pannes informatiques »

LES LOCAUX DU TRIBUNAL SUPRÊME ÉLECTORAL
 À TEGUCIGALPA, AU HONDURAS, LE 4 DÉCEMBRE 2017.
PHOTO JOHAN ORDONEZ 
Durant trente-six heures aucun résultat n’a été publié par le TSE qui a fait état de « pannes informatiques ». Lorsque la diffusion des résultats a repris, ils ont fait apparaître un grignotage progressif de l’avantage de M. Nasralla et un reversement de tendance, jeudi à l’aube. Après le décompte de 90 % des bureaux de vote, le TSE a annoncé que le président sortant avait obtenu 42,6 % des suffrages, contre 41,6 % à son rival. Un magistrat du TSE, Ramiro Lobo, avait pourtant déclaré au micro d’une radio locale que l’avance de M. Nasralla était « irréversible ».

Journaliste sportif et populaire animateur de télévision, Salvador Nasralla a dénoncé « les manipulations » du TSE et annoncé qu’il ne reconnaîtrait pas une victoire du président sortant. D’origine libanaise, fondateur d’un Parti anticorruption, se présentant comme centriste, il a pris la tête d’une coalition dont la principale force est le Parti libre (gauche) de l’ancien président Manuel « Mel » Zelaya. Pour M. Zelaya, qui avait été renversé par un coup d’État militaire en 2009, la seule issue à la crise post-électorale est un nouveau décompte, à la télévision, des procès-verbaux en présence des observateurs internationaux.

Deux missions, de l’Union européenne et de l’Organisation des États américains, ont observé le processus électoral. Elles se sont jusqu’à présent contentées de multiplier les appels au calme et au respect de la volonté populaire. Malgré l’implication de plusieurs de ses proches dans des scandales de corruption et de narcotrafic, M. Hernandez a les faveurs des États-Unis qui craignent un regain d’influence de « Mel » Zelaya, sympathisant des idées chavistes.


SUR LE MÊME SUJET :



LES COMMUNARDS RÉHABILITÉS MALGRÉ L’ASSAUT DE LA DROITE


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GRAVURE REPRÉSENTANT L’EXÉCUTION DES FÉDÉRÉS 
PAR LES VERSAILLAIS AU CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, 
 À PARIS, LE 28 MAI 1871. ( )
Comme Eugène Pottier, né il y a 200 ans, les victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871 ont été réhabilitées, hier, suite à un vote majoritaire à l’Assemblée.
UNE RUE À PARIS EN MAI 1871 OU LA COMMUNE 
MAXIMILIEN LUCE (1858 - 1941) 
PHOTO H. LEWANDOWSKI
de vieilles réminiscences versaillaises n’auront pas suffi à empêcher ceux qui sont montés « à l’assaut du ciel » au printemps 1871 d’être enfin réhabilités par l’Assemblée nationale mardi soir.

La proposition de résolution, signée notamment par le chef de file des députés socialistes et écologistes réformistes Bruno Le Roux et plusieurs élus parisiens, dont Patrick Bloche, qui en est à l’origine, souhaitait notamment que « la République rende honneur et dignité à ces femmes et ces hommes qui ont combattu pour la liberté au prix d’exécutions sommaires et de condamnations iniques ». 

Alors que l’auteur et cinéaste Gérard Mordillat, avant la montée au mur des Fédérés en 2016, comparait Manuel Valls à un nouveau Galliffet (le marquis responsable d’exécutions sommaires de communards durant la semaine sanglante) et le gouvernement de François Hollande de « nouveaux Versaillais (…) prêts à massacrer tous ceux qui n’obéissent pas aux diktats du Medef au nom duquel ils gouvernent la France », l’initiative d’une telle résolution peut étonner venant des socialistes. 


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LE TRIOMPHE DE L'ORDRE. 
ERNEST PICHIO DIT PICQ (1826 - 1893)
SAINT-DENIS, MUSÉE D'ART ET D'HISTOIRE
 - CLICHÉ I. ANDRÉANI
Mais c’est bien sûr dans les rangs de la droite que les protestations se sont fait entendre pour empêcher la réhabilitation des communards. Yannick Moreau, député « Les Républicains » (LR) de Vendée a commencé par citer Victor Hugo pour mieux enrober son refus puis s’est emporté : « N’avez-vous pas d’autres actions prioritaires à mener pour la France et les Français ? Que comptez-vous faire pour lutter contre le terrorisme islamique qui sème la terreur dans notre pays ? » Utilisant des manœuvres grossières, il a même été jusqu’à qualifier la Commune de « guerre civile » convoquant des « exterminations » de Vendéens sous la Terreur et comparant les méthodes du Comité de salut public et la Convention à celles employées « par les régimes totalitaires du XXème siècle ». 

LA VEUVE DU FUSILLÉ.  

ERNEST PICHIO DIT PICQ (1826 - 1893) 
MUSÉE DE L'HISTOIRE VIVANTE DE MONTREUIL 
L’extrême droite n’a pas manqué de voler à son secours puisque Gilbert Collard, député apparenté FN du Gard, a voulu jouer la confusion en mettant sur un pied d’égalité l’assassin de la Commune Adolphe Thiers et les communards sous prétexte de « laisser les morts enterrer les morts »… 

De son côté, Jean-Jacques Candelier, député PCF du Nord, a rappelé les conquêtes de la Commune grâce à laquelle « les travailleurs parisiens se sont efforcés de mettre un terme à l’exploitation et à l’oppression, et de réorganiser la société sur des bases entièrement nouvelles ». Il a souligné « l’importance de ce débat, dans une période où l’action sociale et syndicale tend à être criminalisée ». 

En écho à l’Association des amies et amis de la Commune de Paris 1871, il propose même d’aller au-delà en inscrivant la Commune dans les programmes scolaires ou en instaurant une journée de commémoration nationale.

Olivier Morin

PRÉSIDENTIELLE CHILIENNE: LE SYSTÈME DÉCRIÉ DES RETRAITES S'INVITE DANS LE DÉBAT

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MANIFESTANTS CONTRE LES «AFP», LE SYSTÈME ACTUEL 
DES RETRAITES AU CHILI. SANTIAGO, LE 30 NOVEMBRE 2017 
PHOTO ATON
Les Chiliens étaient appelés à se rassembler dans toutes les villes du pays, jeudi 30 novembre 2017, pour protester contre le système des retraites. A un peu plus de deux semaines du second tour de l'élection présidentielle, prévu le 17 décembre et qui s'annonce très serré, des dizaines de syndicats veulent imposer le sujet dans la campagne électorale.
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Les manifestants veulent que l'on parle des retraites avant le second tour. Ils veulent notamment que le candidat de gauche Alejandro Guillier, soutenu par la coalition sortante de Michelle Bachelet, s'engage à supprimer le système actuel, individuel et géré par des fonds de pension privés.

Ces syndicats proposent de le remplacer par un système de retraites public, collectif, et solidaire, comparable à celui de la France. « Non aux fonds de pension », « à bas le système de retraites de Pinochet », pouvait-on entendre sur la place d'armes de Santiago, jeudi 30 novembre.

Il reste encore huit ans à Blanca Carreño avant de prendre sa retraite, mais cette fonctionnaire sait déjà qu'elle n'aura pas assez pour vivre. « Ma retraite sera ridiculement basse, si on ne se mobilise pas pour changer ça. Et nos retraités aujourd'hui touchent une misère », dénonce-t-elle.

Alejandro Guillier promet d'organiser un référendum sur les retraites

Avec le système actuel, mis en place sous la dictature, la majorité des retraités touche moins de 130 000 pesos par mois, soit moins de 170 euros environ. Un montant inférieur au seuil de pauvreté, qui « ne suffit pas pour manger et encore moins pour payer leurs frais de santé », se désole Blanca.

Les retraites devraient permettre « aux gens de vieillir dans la dignité », conclut-elle, alors qu'à gauche, M. Guillier a promis d'organiser un référendum sur le sujet, et qu'à droite, l'ex-président Sebastián Piñera promet de faire contribuer les employeurs aux retraites sans changer la nature du système.

Les syndicats appellent les candidats à prendre en compte la mobilisation massive des Chiliens sur ce sujet depuis plus d'un an. « Le candidat qui s'engagera à mettre fin au système des fonds de pension aura le plus de chance d'être élu président », estime Esteban Maturana, l'un des meneurs du mouvement.