jeudi 31 octobre 2013

CHILI - BACHELET PEUT GAGNER LA PRÉSIDENTIELLE AU 1ER TOUR : SONDAGE

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JAVIERA BLANCO, PORTE-PAROLE DE
MICHELLE BACHELET. PHOTO LUN
Le sondage laisse penser que Michelle Bachelet pourrait obtenir les 50% des suffrages nécessaires pour être élue dès le premier tour, car parmi les personnes qui sont certaines de se rendre aux urnes ou vont probablement le faire, l'ancienne chef d'Etat recueille 54% des intentions de vote.

« Je pense que c'est un signal fort dont nous sommes très contents », a déclaré Javiera Blanco, porte-parole de Michelle Bachelet. « Mais nous réitérons aussi notre appel à ne rien tenir pour acquis. »

mardi 29 octobre 2013

CHILI : BACHELET PROMET DES RÉFORMES DANS L'ÉDUCATION ET LE SOCIAL

Le premier tour de l'élection présidentielle est programmé le 17 novembre 2013. Un second tour aura lieu le 15 décembre 2013.

MICHELLE BACHELET JERIA,
L'ex-présidente, au pouvoir entre 2006 et 2010 - la Constitution chilienne interdit deux mandats consécutifs - estime qu'il y a trop d'inégalités au Chili, que les services publics y sont médiocres et que les politiques mises en oeuvre sacrifient les intérêts de la majorité de la population au profit d'une élite.

De fait, de nombreux Chiliens estiment ne pas avoir vu les retombées économiques du boom du cuivre ces dernières années - le pays est le premier producteur mondial du métal.

Selon son rapport, la candidate prévoit de dégager l'équivalent de 8,2 milliards de dollars pour l'éducation grâce à la mise en place d'une réforme de la fiscalité.
« Notre proposition est ambitieuse, mais nous pouvons le faire », a déclaré Michelle Bachelet qui semble avoir opéré un virage à gauche depuis son départ de la présidence. Elle a fait de l'éducation et de la fiscalité le fer de lance de son retour au palais de La Moneda.

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Son plan d'investissement est près de deux milliards de dollars inférieur à celui mis en place par Evelyn Matthei, la candidate de la droite au pouvoir, qui arrive deuxième, loin derrière Bachelet, dans les intentions de vote.

La semaine dernière, l'Organisation pour la coopération et le développement économiques a publié un rapport appelant le Chili à résoudre le problème des inégalités de revenus par l'investissement. (Antonio De la Jara; Danielle Rouquié pour le service français)

dimanche 27 octobre 2013

CHILI : TROIS ANCIENS LEADERS ÉTUDIANTS CANDIDATS AUX LÉGISLATIVES

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CAMILA VALLEJO DOWLING.
Camila Vallejo Dowling

Géographe de formation, elle a milité chez les jeunes communistes du Chili avant de devenir présidente de la Fédération des Etudiants de l'Université du Chili (Fech) en 2010 et 2011. Elle a été l'un des principaux leaders de la grève étudiante de 2011.

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GIORGIO JACKSON DRAGO. 

Giorgio Jackson Drago

Etudiant en génie civil, il a été président de la Fédération des Etudiants de l'Université catholique du Chili (FEUC) en 2010-2011. Parmi les leaders du mouvement étudiant de 2011,  il a été le porte-parole de la Confédération étudiante du Chili (Confech).

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KAROL CARIOLA OLIVA

Karol Cariola Oliva

Elle a été président de la Fédération des Etudiants de l'Université Concepción (FEC) en 2009-2010. En octobre 2011, elle est élue secrétaire générale de la Jeunesse Communiste du Chili à l'occasion du XIIIe congrès.

Photos prises en 2005, 2009 et 2013 par Fernando Lavoz chez citizen side .

CHILI: PLUIE D'ACCUSATIONS SUR UN DES CANDIDATS À LA PRÉSIDENTIELLE

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LES FRÈRES ANTONINO ET FRANCO PARISI. PHOTO BÁRBARA SAN MARTIN
«Un homme d'affaires qui devient riche en volant ses employés ne peut pas être candidat à la présidentielle dans notre pays», a martelé Mme Matthei, accusant l'économiste d'avoir omis de payer les cotisations des employés travaillant dans une société qu'il a fondée avec son frère Antonino Parisi. Ces derniers ont porté plainte en 2011, mais la justice ne s'est toujours pas prononcée depuis.

Le candidat indépendant, qui doit son succès à ses émissions télévisées pédagogiques nie toute accusation et rejette la responsabilité sur son frère Antonino.

«Les attaques auront beau continuer, la candidate de l'UDI (Evelyn Matthei) arrivera troisième aux élections et nous allons balayer la droite dure au Chili», a rétorqué M. Parisi jeudi sur son compte Twitter.

Un récent sondage réalisé par Ipsos le crédite de 16% des intentions de vote, contre 22% à Mme Matthei et 36% à Mme Bachelet.

Jeudi toutefois, un nouveau dossier judiciaire le concernant a été révélé. Le journal El Mercurio a rapporté que la justice enquête sur de prétendues irrégularités dans une affaire d'attribution de contrats pour la construction d'une bibliothèque lorsque M. Parisi était doyen de la Faculté d'Économie de l' Université du Chili en 2010. La plainte fait état de détournement de fonds publics de l'ordre de 500 000 dollars.

Ces dernières heures a également été enregistrée une plainte pour violences domestiques à l'encontre du frère du candidat.

Accusé de populisme par ses détracteurs, M. Parisi, 45 ans, est apparu pour la première fois sur la scène publique il y a un peu plus de deux ans, lorsqu'il avait expliqué de manière pédagogique à la télévision les rouages d'un scandale financier. Il était ensuite devenu une vedette du petit écran.

«Nous parlons de la vérité, sans devoir aucune faveur à un parti politique ou un groupe économique, parce que, au Chili les gens ont compris que les faveurs politiques et les faveurs économiques se paient», avait-il affirmé récemment dans un entretien à l'AFP.

samedi 26 octobre 2013

CHILI : MICHELLE BACHELET INTRODUIT LA QUESTION DES INDIENS MAPUCHES DANS LE DÉBAT PRÉSIDENTIEL

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MEMBRES DES COMMUNAUTES MAPUCHE EN CONFLIT AVEC LES EXPLOITANTS FORESTIERS CONDAMNES A DES LOURDES PEINES DE PRISONMARS  2011PHOTO FELIPE IGNACIO GONZÁLEZ 
Mme Bachelet, 62 ans, créditée de 37% des intentions de vote dans les sondages, a notamment proposé «une nouvelle approche» de la question Mapuche, « ce qui ne signifie (toutefois) pas l'impunité ».

Les Mapuches, première minorité indigène du pays (700.000 personnes, quelque 6% de la population chilienne), réclament la restitution de terres « ancestrales » prises par l'État à la fin du 19ème siècle dans leur fief de la région de l'Araucanie, dans le sud chilien. Leurs actions parfois violentes ont conduit leurs dirigeants en prison.

FUNÉRAILLES DU DIRIGEANT MAPUCHE JAIME MENDOZA COLLIA, TUÉ PAR LA POLICE ANTI ÉMEUTE EN AOÛT 2009. TEMUCO, LE 13 AOÛT 2009. PHOTO AFP
Elle a notamment qualifié d'«erreur» l'application de la loi antiterroriste à leur encontre. Cette loi date de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990) et prévoit des peines beaucoup plus sévères que la législation ordinaire tout en compliquant l'exercice de la défense des accusés.

Dans un cadre ne permettant aucun dialogue entre les candidats et avec un temps limité pour chacun des participants, l'ex-présidente socialiste a également affirmé que les inégalités de la société chilienne avaient été la raison de son retour en politique, après trois ans passés à New York, à la tête de l'ONU Femmes.

EVELYN ROSE MATTHEI FORNET, NÉE LE 11 NOVEMBRE 1953, ÉCONOMISTE ET FEMME POLITIQUE CHILIENNE. SÉNATRICE DE 1998 À 2011, ELLE EST ENSUITE MINISTRE DU TRAVAIL ET DE LA SÉCURITÉ SOCIALE SOUS LA PRÉSIDENCE DE SEBASTIÁN PIÑERA. 
Sa principale rivale, la candidate de la droite Evelyn Matthei, issue d'un Parti pinochétiste et qui obtient 22% dans les sondages, a déclaré de son côté que les Chiliens «se sentent fiers de ce qui a été accompli dans le pays» ces dernières années.

L'ex-ministre du Travail du premier président de droite du pays depuis le retour à la démocratie, Sebastian Piñera, a par ailleurs accusé sa rivale d'avoir rempli seulement deux ou trois des 10 promesses qu'elle avait faites lors de son mandat précédente.



FRANCO PARISI POPULISTE DE DROITE, IL SE PRÉSENTE COMME PROFESSEUR UNIVERSITAIRE. FRANCO ALDO PARISI FERNÁNDEZ (NÉ LE 25 AOÛT 1967À SANTIAGO DU CHILI), INGÉNIEUR COMERCIAL IL DEVIENT  AVEC SON FRÈRE ANTONINO ANIMATEUR TÉLÉ DES PROGRAMMES DE VULGARISATION SUR L'ÉCONOMIE. EN 2012 A LANCÉ SA CANDIDATURE À L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DE 2013, IDÉOLOGIQUEMENT IL EST DÉFINI COMME SOCIAL-LIBÉRAL. 

Surprise de la campagne électorale, l'indépendant Franco Parisi, troisième dans les sondages avec 15 à 16% d'intentions de vote, et sur la sellette après une série d'accusations de fraude et de détournement de fonds publics, a quant à lui clamé son innocence.

«Il y a derrière cela un objectif politique afin de détourner (l'électorat). Laissons la justice se prononcer», a-t-il lancé.


MARCO ENRÍQUEZ-OMINAMI (NÉ LE 12 JUIN 1973 À SANTIAGO DU CHILI) CINÉASTE ET HOMME POLITIQUE. SON PÈRE BIOLOGIQUE FUT MIGUEL HUMBERTO ENRÍQUEZ ESPINOSA, PRINCIPAL DIRIGEANT DU MOUVEMENT DE LA GAUCHE RÉVOLUTIONNAIRE (MIR), TUÉ PAR LA DICTATURE EN OCTOBRE 1974. MARCO ENRÍQUEZ-OMINAMI FUT ADOPTÉ PAR CARLOS OMINAMI, FIGURE IMPORTANTE DU PARTI SOCIALISTE, MARIÉ AVEC SA MÈRE, PRENANT SON NOM DE FAMILLE.

Le réalisateur Marco Enriquez-Ominami, ancien député du Parti socialiste, est crédité pour sa part de 7% d'intentions de vote.

Sont également dans la course l'économiste de gauche Marcel Claude, l'écologiste Alfredo Sfeir, la militante sociale Roxana Miranda, l'indépendant Tomas Jocelyn Holt, ex-député de la démocratie chrétienne, de même que Ricardo Israel, soutenu par le Parti régionaliste indépendant.

vendredi 25 octobre 2013

CHILI: PREMIER DÉBAT ENTRE LES 9 CANDIDATS


Cette rencontre sera animée par le Président de l’Archi, Luis Pardo, qui sera accompagné de quatre autres journalistes de (Radio Agricultura), (Radio Cooperativa), (Radio Duna), et (Radio Infinita).

LES CANDIDATES MICHELLE BACHELET (LA NOUVELLE MAJORITÉ) ET ROXANA MIRANDA (PARTI DE L’ÉGALITÉ). PHOTO UPI
Le débat réunira ainsi Franco Parisi et Tomas Jocelyn-Holt (Indépendants), Marcel Claude (Parti humaniste), Marco Enriquez Ominami (Parti progressiste), Roxana Miranda (Parti de l’égalité), Michelle Bachelet (La nouvelle majorité), Evelyn Matthei (L'Alliance), Alfredo Sfeir (Parti écologique vert), Ricardo Israel ((Parti régionaliste des indépendants).

Cette rencontre intervient une semaine avant l’organisation par l’Association nationale de télévision (ANATEL) du premier débat télévisé entre les neuf candidats au prochain scrutin.(MAP).

mardi 22 octobre 2013

CHILI - UN SACRÉ ROUBLARD


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L’AMBASSADEUR FRODE NILSEN 
APRÈS LE COUP D’ÉTAT DE 1973 AU CHILI, L’AMBASSADEUR FRODE NILSEN DÎNE AVEC LES PLUS HAUTS RESPONSABLES DE LA DICTATURE MILITAIRE. DANS LEUR DOS, IL FAIT PASSER DES OPPOSANTS CLANDESTINEMENT EN NORVÈGE.
PAR MARIANNE ALFSEN ET FELIX MEDIA
FRODE NILSEN, ANCIEN AMBASSADEUR DE NORVÈGE AU CHILI, RÉALISE QUE VICTOR HORMAZABAL FAIT PARTIE DES NOMBREUSES PERSONNES QU’IL A AIDÉES À ÉCHAPPER À AUGUSTO PINOCHET DANS LES ANNÉES 1970. PHOTO FREDRIK NAUMANN/FELIX FEATURES
Oslo, Norvège, 25 juin 2013 : C’est l’un de ces moments où le temps semble s’arrêter. Une rencontre entre deux hommes dont les vies se sont croisées dans des circonstances dramatiques, voilà près de 40 ans.  « Vous m’avez aidé à fuir le Chili », dit Victor Hormazabal, 67 ans, en serrant doucement la main de Frode Nilsen.

L’ancien diplomate, bientôt nonagénaire, retient ses larmes lorsqu’il comprend que Victor est l’un des centaines de Chiliens qu’il a aidés à fuir les tortionnaires et les bourreaux du général Augusto Pinochet après le coup d’État de 1973.

Connu pour le vif intérêt qu’il témoignait à chacune des personnes auxquelles il est venu en aide, Frode est visiblement attristé de ne pas se souvenir du cas particulier de Victor.

Mais Victor, lui, se souvient. Du moindre détail de cette opération de sauvetage, dans laquelle Frode a joué un rôle clé.

Valdivia, Chili, novembre 1973 : « Qu’est-ce que vous savez sur les armes ? », interroge une voix furieuse. Derrière le bandeau qu’il a sur les yeux, Victor reconnaît son tortionnaire. C’est le lieutenant qui a mené son premier interrogatoire, lorsqu’il a été arrêté, plusieurs semaines auparavant. Il fait tomber les six balles de son révolver sur la table, en remet une dans le barillet et pointe le canon sur la tête de Victor.

« Où sont les armes ? », reprend-il. « Je n’en sais rien », répond Victor. Le pharmacien de 27 ans, membre du Parti socialiste et responsable de la section locale du syndicat du personnel hospitalier, n’a pas connaissance d’un prétendu projet d’enlèvement visant des familles de militaires afin d’obtenir des armes et de monter un contre coup d’État.

Bruit du barillet. Chambre vide. « Où sont les armes ? », hurle le tortionnaire. « Je n’en sais rien », répète Victor. Bruit du barillet. Chambre vide. À quatre reprises, le barillet tourne. Puis son tortionnaire s’interrompt subitement.

« Au début, on a peur. Puis on ne pense plus qu’à la survie. On arrive à un point où le corps peut tout encaisser », relate Victor. Il a toujours de légères marques sur le front, aux endroits où ses bourreaux plaçaient les électrodes.

Oslo, septembre 1973 : « Les Chiliens fêtent le coup d’État comme les Norvégiens ont fêté le 8 mai 1945 [le dernier jour de l’occupation de la Norvège par les nazis] », rapporte August Fleischer, alors ambassadeur de Norvège au Chili. Il est soulagé qu’il y ait à nouveau du fuel domestique dans la capitale, Santiago.

Le Premier ministre norvégien, Trygve Bratteli, est furieux. Alors que d’autres ambassades ont ouvert leurs portes aux réfugiés, August Fleischer refuse. La situation est embarrassante pour le gouvernement travailliste.

Frode Nilsen, diplomate chevronné, est dépêché au Chili en qualité d’émissaire spécial chargé des questions d’asile, avec pour mission d’apporter une aide politique aux victimes de persécutions. Ayant passé trois ans dans l’Espagne du général Francisco Franco, il parle espagnol et a déjà porté secours à des opposants.

« On m’a donné une grande latitude », se souvient Frode, laissant entendre qu’il a contourné la plupart des règles de la diplomatie pour mener à bien sa mission. « J’avais le ministre des Affaires étrangères de mon côté, mais je veillais à ne pas risquer d’être expulsé. Si l’on m’avait forcé à quitter le pays, je n’aurais plus pu aider personne. Je me suis donc arrangé pour nouer des liens avec les bonnes personnes, celles qui prennent les décisions », raconte-t-il.

Il dîne même avec le général Augusto Pinochet et son épouse, Lucía Hiriart. Au cours du repas, il a l’audace de demander directement à Pinochet de l’aider sur une affaire. « Plus tard, lors d’une réception diplomatique, Pinochet m’a fait signe d’approcher et a déclaré aux gens qui se trouvaient à côté de lui : “Messieurs, voici l’homme qui veut sauver le monde”.»

« Quand mon père s’adresse à vous, vous avez l’impression qu’il n’est là que pour vous. Vous sentez que vous comptez. C’est pour ça que les gens l’ont écouté, c’est comme ça qu’il a gagné le soutien des gens qui avaient du pouvoir », explique sa fille, Randi Elisabeth Nilsen.

« Chaque personne a de la valeur. Il ne faut jamais l’oublier, insiste Frode. J’étais un sacré roublard », ajoute-t-il en riant.

De novembre 1973 à septembre 1974, il a obtenu un quota de 100 réfugiés autorisés à gagner la Norvège. Il examinait méticuleusement chacun des dossiers qui lui étaient soumis par un réseau de contacts. « J’ai choisi ceux qui avaient le plus besoin de notre aide », explique Frode Nilsen.

En détournant l’attention des sentinelles en faction à l’entrée de l’ambassade ou en se liant d’amitié avec elles, il fait entrer et sortir furtivement des gens. Il suffit parfois qu’une voiture franchisse assez lentement les grilles de l’ambassade pour permettre à des personnes dissimulées à l’extérieur de courir derrière, accroupies, sous le nez des sentinelles, et de se mettre ainsi en sécurité sans bruit.

« Mon premier secrétaire se débrouillait comme un chef dans le réseau de ruelles », se souvient Frode. Il parvenait ainsi, raconte-t-il, à conduire des opposants à l’aéroport et à les embarquer sur des vols Scandinavian Airlines à destination d’Oslo.

En 1975, Frode Nilsen retourne au Chili en qualité d’ambassadeur, un poste qu’il occupera à nouveau de 1988 à 1992. Il peut alors mettre à profit un décret disposant que certains prisonniers politiques peuvent être libérés s’ils obtiennent un visa pour un autre pays.

Prison de Santiago, 1975 : « Vos amis norvégiens me tarabustent pour que je vous fasse sortir », explique l’homme guindé et tiré à quatre épingles assis face à Victor. « Mais je ne connais personne en Norvège ? » Il se creuse la tête. Qui est ce Frode Nilsen qui prétend pouvoir l’aider à sortir de prison, où il a parfois été obligé de boire l’eau des toilettes et de manger du pain moisi oublié dans les cellules ?

Les « amis » de Victor en question appartiennent au Groupe 6 d’Amnesty à Oslo, qui l’a adopté comme « son » prisonnier d’opinion. L’évêque de Valdivia a reçu ensuite une lettre lui demandant s’il peut faire quelque chose pour éviter la peine capitale à Victor. Après sept semaines d’angoisse, sa peine a été commuée en prison à perpétuité et il a retrouvé le sommeil.

« J’étais sceptique, mais j’ai décidé de faire confiance à Frode. Il avait l’air de se préoccuper sincèrement de mon cas », se souvient Victor.

Par deux fois, Pinochet rejette sa demande d’autorisation de déplacement. Plus tard, Victor apprend que Mónica Madariaga – alors ministre de la Justice du Chili, cousine de Pinochet et auteure de la tristement célèbre loi d’amnistie de 1978, qui met encore nombre de partisans du régime à l’abri des poursuites – a glissé sa requête dans une pile de courriers que Pinochet a signés sans y accorder plus d’attention.

Frode confirme que Mónica Madariaga était bien l’un de ses contacts les plus précieux. « Je suis parvenu à la convaincre de m’aider, raconte-til. Le soutien que j’ai reçu d’Amnesty a également été inestimable. Quand je négociais, c’était bien que ma requête ait l’appui d’Amnesty. »

En mars 1977, Victor Hormazabal a atterri à Oslo. Dans sa poche, il avait les noms de ses soutiens norvégiens, parmi lesquels le chef du Groupe Ljan d’Amnesty à Oslo, Carl Halse. Il a aidé Victor à décrocher un emploi à l’école de sciences vétérinaires de Norvège, où il a travaillé jusqu’à son départ à la retraite, il y a peu. Il reste un membre actif d’Amnesty Norvège.

FRODE NILSEN. PHOTO ERIK THORBERG
Oslo, 1982 : Victor n’en croit pas ses yeux. La lettre dit que Ramona Albornoz de Carril, « sa » prisonnière d’opinion d’Argentine, a été relâchée. Voilà quatre ans que son groupe local d’Amnesty fait campagne pour sa libération. Donner quelque chose en retour, cela fait du bien.

lundi 21 octobre 2013

CARMEN, LE VISAGE DE LA RÉPRESSION DE PINOCHET

CARMEN GLORIA QUINTANA EN JUILLET 1987, UN AN APRÈS SON AGRESSION. PHOTO GREGG NEWTON  

À dix-huit ans, Carmen Gloria Quintana a été brûlée vive par des soldats du régime de Pinochet. Elle a survécu et a, pendant des années, dénoncé les abus du dictateur à travers le monde.
En juillet 1986, Carmen Gloria Quintana avait 18 ans. Cette étudiante aux épais cheveux bruns, issue d’une famille de gauche, s’était jointe à la mobilisation anti-Pinochet qui sévissait en ce début d’été, 13 ans après son arrivée au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat, le 11 septembre 1973. Avec ses amis, elle fournissait une aide logistique, notamment pour les pneus brûlés qui jonchaient les trottoirs de Santiago à la veille de ces deux jours de grève générale. Mais le 2 juillet, sa vie change à tout jamais. Elle est arrêtée par des militaires, avec le jeune photographe Rodrigo Rojas de Negri, âgé de 19 ans et revenu de son exil à Washington pour soutenir la protestation.

«Ils ont d’abord attrapé Rodrigo, l’ont poussé au sol en le frappant. Ils m’ont ensuite plaquée contre un mur pour me fouiller. Rodrigo était par terre, en sang», raconte Gloria, aujourd'hui âgée de 45 ans, à la BBC. Les soldats, aux visages peints, versent alors du kérosène sur les deux jeunes manifestants, seuls face aux militaires: «Ils l’arrosaient comme on arrose une plante», décrit Gloria 27 ans plus tard. L’étudiante pense alors à une blague de très mauvais goût, et se dit même: «Je vais devoir rentrer chez moi me laver, je vais rater les manifestations».


CARMEN QUINTANA AVANT  ET APRÈS L'AGRESSION CRIMINELLE 


"TUEZ-MOI POUR QUE LA DOULEUR S’ARRÊTE"

Le pire survient alors: «D’un coup, un des soldats a jeté quelque chose près de nous, comme un cocktail Molotov. Dès que l’objet a éclaté au sol, Rodrigo et moi nous sommes transformés en torches humaines.» Gloria perd connaissance et se réveille sur le bas-côté d’une autoroute, «pétrifiée» aux côtés de Rodrigo: «Il manquait la moitié de ses cheveux, tout son visage était noir et brûlé», s’est-elle remémoré auprès de la radio anglaise. Elle ne répète qu'une chose aux policiers prévenus par des ouvriers qui ont découvert les deux jeunes «marchant comme des zombies»: «S’il vous plaît, tuez-moi maintenant, pour que la douleur s’arrête». Après des semaines dans le coma, elle se réveille avec des brûlures aux deuxième et troisième degrés sur les deux tiers de son corps. Rodrigo, lui, n’a pas eu cette chance: il est décédé de ses blessures quelques jours après.

Carmen est restée deux mois et demi à l’hôpital avant d’émigrer au Canada avec sa famille et y subir une série d’opérations –une quarantaine en tout. Un an après son agression, elle est revenue au Chili afin d’assister au procès de ses bourreaux. Un article du «New York Times» racontait alors le calvaire quotidien de la victime: «Les brûlures et les opérations lui ont fait perdre près de 7 kilos de chair et de muscle, la laissant émaciée. Parfois, raconte-t-elle, elle en perd son équilibre si elle marche sans assistance.» La défense, de son côté, assurait que les deux jeunes s’étaient brûlés seuls après avoir fait tomber des cocktails Molotov qu’ils transportaient –en dépit d’une note interne de la police chilienne assurant que cela ne pouvait être un accident. Seul le chef de la brigade présente le jour de l’agression, qu’elle avait identifié, a été poursuivi pour «utilisation non indispensable de la violence» et «homicide involontaire».

SON AGRESSEUR PROMU


CARMEN GLORIA QUINTANA À SANTIAGO, EN 1987. ELLE A ALORS 19 ANS. PHOTO GREGG NEWTON  
Carmen Quintana est retournée vivre au Chili en 1988, deux ans avant la chute d’Augusto Pinochet. En 1991, un tribunal militaire a relaxé le chef de la brigade responsable de l’attaque de Carmen et Rodrigo, l'accusant simplement de «négligeance» à l’encontre des deux brûlés pour ne pas leur avoir fourni d’aide médicale. Entre temps, le soldat avait été promu au rang de lieutenant. Deux ans après, la Cour suprême l’a condamné à 600 jours de prison. La jeune femme, elle, a touché près de 380.000 euros de dédommagement.


Mais l’argent n’était pas la motivation de celle qui était devenue un des visages de la violence du régime de Pinochet aux yeux des Chiliens et du monde. Dans les années 1990, elle a traversé  toute l’Europe et l’Amérique du Nord –notamment au Canada, son pays d’adoption– pour dénoncer le régime de Pinochet. «J’ai l’impression d’être la voix de tous les Chiliens qui sont morts», conclut la mère de famille.   

vendredi 18 octobre 2013

CHILI : MANIFESTATIONS ÉTUDIANTES À UN MOIS DE LA PRÉSIDENTIELLE

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« L'ÉDUCATION CHILIENNE NE SE VEND PAS! ELLE SE DÉFEND! », SCANDAIENT NOTAMMENT LES MANIFESTANTS CONVERGEANT VERS LE CENTRE-VILLE DE SANTIAGO. PHOTO UPI
Depuis 2011 les étudiants chiliens ont réalisé près d'une centaine de manifestations pour demander au gouvernement de Sebastian Piñera (premier président de droite depuis la fin de la dictature en 1990) une éducation publique de qualité.

Ils ont ainsi réussi à imposer ce thème dans la campagne en vue de la présidentielle du 17 novembre, pour laquelle l'ex-présidente Michelle Bachelet (2006-2010) est donnée comme favorite face à la représentante de la droite, Evelyn Matthei.


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LES ÉTUDIANTS CHILIENS ONT AINSI RÉUSSI À IMPOSER CE THÈME DANS LA CAMPAGNE EN VUE DE LA PRÉSIDENTIELLE DU 17 NOVEMBRE 2013. PHOTO UPI
Au centre des revendications des manifestants figurait jeudi la nécessité d'une concertation et l'urgence de connaître en détail les programmes des candidats pour le secteur de l'éducation.

"Exactement un mois avant les élections présidentielles, nous réaffirmons avec beaucoup de force que sans les étudiants, les représentants (syndicaux), les professeurs, il n'y aura aucun changement valable dans l'éducation", a affirmé dans le cortège Andrés Fielbaum, président de la Fédération des étudiants de l'Université du Chili (FECH), une des principales du pays.

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LA GRATUITÉ DES ÉTUDES FAIT D'ORES ET DÉJÀ PARTIE DU PROGRAMME ÉLECTORAL DE L'EX-PRÉSIDENTE SOCIALISTE. ELLE PROPOSE, SI ELLE EST ÉLUE, DE LANCER UNE RÉFORME INSTAURANT LA GRATUITÉ DES ÉTUDES UNIVERSITAIRES D'ICI À SIX ANS. PHOTO UPI
Faute de réponse satisfaisante du prochain gouvernement, "les mobilisations continueront au cours des prochaines années", a-t-il encore prévenu. "L'éducation chilienne ne se vend pas! Elle se défend!", scandaient notamment les manifestants convergeant vers le centre-ville de Santiago.

En fin d'après-midi, de nouveaux heurts ont opposé la police à des jeunes qui ont monté des barricades et lancé des cocktails Molotov vers les forces de l'ordre, qui ont répliqué à coups de gaz lacrymogène pour les disperser. La gratuité des études fait d'ores et déjà partie du programme électoral de l'ex-présidente socialiste. Elle propose, si elle est élue, de lancer une réforme instaurant la gratuité des études universitaires d'ici à six ans.

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CHILI : UNE MANIFESTATION ÉTUDIANTE TOURNE À L'AFFRONTEMENT AVEC LES FORCES DE L'ORDRE. PHOTO CITIZENSIDE
De son côté, Mme Matthei semble privilégier la ligne suivie par l'actuel gouvernement, visant à faciliter les crédits étudiants sans remettre en cause un système à deux vitesses hérité de la dictature.

jeudi 17 octobre 2013

LE CHILI ENTRE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ DE L'ONU

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LE CHILI ENTRE AU CONSEIL DE SÉCURITÉ DE L'ONU. PHOTO ONU

En l’absence de concurrents dans leur groupe régional, les cinq pays candidats ont été élus dès le premier tour de scrutin, lors duquel la majorité des deux tiers des pays présents et votants est requise. Sur 191 États, la Lituanie a obtenu 187 voix, le Chili et le Nigéria, 186 voix, le Tchad, 184 voix et l’Arabie saoudite 176 voix.  Des pays non candidats ont obtenu des voix: le Sénégal et la Gambie, deux voix chacun, et le Liban et la Croatie, une voix.

À partir du 1er janvier 2014, la composition du Conseil de sécurité sera donc la suivante: Arabie saoudite, Argentine, Australie, Chili, Chine, États-Unis, Fédération de Russie, France, Lituanie, Luxembourg, Nigéria, République de Corée, Royaume-Uni, Rwanda et Tchad.  La présidence tournante du Conseil de sécurité étant assurée dans l’ordre alphabétique anglais, le premier des États nouvellement admis à assumer la présidence sera la Lituanie, dès son entrée au Conseil en janvier 2014.


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DÉTAIL DE L'OEUVRE DU PEINTRE NORVEGIEN PER KROHG, QUI ORNE LA SALLE DU CONSEIL DE SÉCURITÉ DE L'ONU. PHOTO ONU

Les 10 sièges non permanents du Conseil de sécurité sont renouvelés par moitié tous les ans et sont répartis géographiquement comme suit: cinq sièges pour le Groupe des États d’Afrique et d’Asie, deux pour le Groupe des États d’Amérique latine et des Caraïbes, deux pour le Groupe des États d’Europe occidentale et autres États, et un pour le Groupe des États d’Europe orientale.  Les cinq sièges permanents appartiennent à la Chine, aux États-Unis, à la Fédération de Russie, à la France et au Royaume-Uni.

L’Assemblée générale reprendra ses travaux lundi 21 octobre à partir de 10 heures, pour examiner les points relatifs au sport au service de la paix et du développement et à l’édification d’un monde pacifique et meilleur grâce au sport et à l’idéal olympique.  L’Assemblée parlera aussi de la commémoration du bicentenaire de l’abolition de la traite transatlantique des esclaves.

lundi 14 octobre 2013

AU CHILI, LES REVENDICATIONS SOCIALES AU COEUR DE LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE

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À cinq semaines de l'élection présidentielle, Sebastian Piñera, l'actuel président, fait face à une situation pour le moins paradoxale. « La situation économique est bonne, mais la majorité sortante ne peut pas en bénéficier », résume Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'Iris. Principale épine dans le pied de la majorité sortante, l'absence de dialogue social et les nombreuses grèves qui ont éclaté au fil du mandat. Pour un pays dont le revenu par habitant a nettement dépassé 15.000 dollars, les inégalités demeurent béantes, l'éducation présente un coût extrêmement élevé. Les nombreuses manifestations étudiantes pour une réforme du système n'ont pas fait fléchir le pouvoir, pas plus que le mécontentement des Indiens Mapuche ou encore celui des salariés des mines.

Deux femmes pour un fauteuil


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MICHELLE BACHELET (EN HAUT)
ET EVELYN MATTHEI
En désignant finalement sa ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Evelyn Matthei, pour lui succéder, Sebastian Piñera organise un duel de femmes dans la course à la présidence. Face à Evelyn Matthei, Michelle Bachelet, socialiste. L'une et l'autre ont en commun d'avoir été des enfants du coup d'Etat de 1973, d'être l'une et l'autre la fille d'un général de l'armée de l'air et d'avoir longtemps été des amies proches. Là s'arrêtent les similitudes.

Michelle Bachelet, ex-présidente (2006-2010), surfe sur une vague de popularité qui la place largement en tête dans les sondages et semble, à moins d'un revirement, assurée de retrouver son fauteuil à la Moneda. Elle fait de la redistribution des richesses, un axe majeur de sa campagne, en proposant notamment une importante réforme fiscale, qui vise à lever quelque 8 milliards de dollars, presque exclusivement destinés à une réforme de l'éducation, avec à la clef la gratuité des études supérieures. Elle veut réintroduire la retraite par répartition et propose un meilleur accès aux soins pour tous.



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 COUVERTURE DU LIVRE «  FILLES DE GÉNÉRAL »
Sa rivale préfère miser sur la continuité, jugeant « irrationnel » tout changement économique et politique. « Ce que fait Michelle Bachelet consiste à introduire des éléments d'insécurité concernant l'avenir, qui vont évidemment paralyser la croissance et la création d'emplois », a déclaré Evelyn Matthei en présentant son programme.

Michel De Grandi, Les Echos

dimanche 13 octobre 2013

LE « PIÑERAGATE » OU « KIOTAZO »

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ENREGISTREMENT CLANDESTIN D’UNE CONVERSATION ENTRE  SEBASTIÁN PIÑERA ET SON AMI PEDRO PABLO DÍAZ EST DÉVOILÉ EN DIRECT À LA CHAÎNE DE TÉLÉVISION CHILIENNE « MEGAVISION », DANS L'ÉMISSION « A ESO DE…» DU DIMANCHE 23 AOÛT DE 1992
DURÉE : 00:01:20



Le « Piñeragate » ou « Kiotazo » fut un scandale politique chilien qui eut lieu le 23 août de 1992. Les protagonistes de cette affaire furent le milliardaire conservateur, candidat la présidence de 1993 et l'actuel Président du Chili, Sebastián Piñera et Evelyn Matthei fille du général, Fernando Matthei, membre de la junte militaire dirigée par Augusto Pinochet. 

Sebastián Piñera et Evelyn Matthei étaient tous les deux membres du Parti de droite Renovación Nacional (RN) et candidats à la candidature de leur Parti.

Dans ce cadre, l’enregistrement clandestin d’une conversation entre  Sebastián Piñera et son ami Pedro Pablo Díaz est dévoilé en direct à la télévision. Le scoop fut révélé par le président et propriétaire de la chaîne de télévision « Megavision »,  Ricardo Claro.

L’enregistrement de la conversation téléphonique révélait une manœuvre pour décrédibiliser la candidature de la challenger Evelyn Matthei face aux électeurs.

Ce fait est aussi il est connu comme « Kiotazo », en raison de la marque (Kioto) de l’appareil radio qui a dévoilé la conversation privée.

LE PRÉSIDENT CHILIEN EN SOUTIEN DE LA CANDIDATE DE LA DROITE

 SEBASTIÁN PIÑERA ET EVELYN MATTHEI 
Mais les sondages la donnent largement devancée par Michelle Bachelet, qui fut de 2006 à 2010 la première femme à présider le Chili. La candidate de la gauche était créditée cette semaine de 33% des intentions de vote contre 23% pour sa rivale. 

Le premier tour de l'élection présidentielle est programmé le 17 novembre. Un second tour aura lieu le 15 décembre. 

« C'est une grande candidate et elle a tout ce qui est nécessaire pour être une grande présidente du Chili », a dit le président sortant lors d'une réunion commune avec Evelyn Matthei. 

Pour la première fois, deux femmes sont les favorites de l'élection présidentielle. 

Michelle Bachelet et Evelyn Matthei se connaissent depuis l'enfance, leurs pères étant tous deux des généraux de l'armée de l'air. Mais leurs familles ont suivi des voies diamétralement opposées renvoyant au passé sombre du Chili. 

Resté loyal au président socialiste Salvador Allende, renversé par un coup d'Etat militaire en 1973, le père de Michelle Bachelet a été arrêté et torturé par les agents d'Augusto Pinochet. Il est mort en détention quelques mois après le putsch.

LE « PIÑERAGATE » OU « KIOTAZO »


vendredi 11 octobre 2013

CHILI : LE JUGE GUZMAN RACONTE SON ENQUÊTE SUR PINOCHET


CRISTINA L’HOMME
Rue89. Que pensez-vous quand on vous désigne pour l’instruction du dossier Pinochet, en 1998? Qu’est-ce que cela veut dire d’un point de vue professionnel?

Juan Guzman. Quand on m’a remis le dossier Pinochet, j’ai compris qu’en accomplissant mon travail – comme je devais le faire par devoir –, je devrais faire face à de nombreux écueils et que cela mettait fin à toute progression professionnelle. C’était donc la fin de ma carrière.

Je savais que ce genre de procès politique signifie devoir faire face aux illusions de certains et aux gênes des autres. Personne n’est indifférent dans ce type de jugements. De plus, le contexte était compliqué : la Cour suprême chilienne ne voulait pas entreprendre de changements radicaux, les politiques voulaient des changements mais très lents et les médias jouaient à monter en épingle chaque décision afin de créer un effet de « suspense » sur la population chilienne.

Avoir été choisi pour instruire ce procès a signifié un défi incroyable pour moi, tant personnel qu’intellectuel. Je devais étudier, m’immerger dans des dossiers nouveaux pour moi, sur lesquels s’appuie la Constitution chilienne (article 5, alinéa 2).

Ce procès a également représenté un défi sur le plan humain. La qualité d’un juge se mesure surtout lorsqu’il doit résoudre un dossier compliqué et non lorsqu’il règle des cas « courants ». Au début, un juge ne sait pas s’il sera capable de juger toutes les personnes impliquées. Dans le dossier Pinochet, je me suis attaché à rester le même juge et de traiter Pinochet et tous les autres agents de l’Etat, de la même façon que j’avais traité d’autres personnes inculpées au cours de ma carrière. Et ce malgré tous les obstacles auxquels j’ai dû faire face au fil de l’enquête.

Le procureur du ministère public n’existait pas dans le droit chilien. Le juge d’instruction assurait à la fois l’enquête et l’accusation. C’est également ce juge d’instruction qui inculpait et arrêtait la personne. Que dire d’un tel conflit d’intérêts ?

Jusqu’en 2005, le système pénal chilien comptait avec un juge concentrant en une seule personne l’instruction, l’accusation et la sentence. C’était ainsi depuis les années 30… Le rôle de juge d’instruction avait été supprimé pour des raisons économiques.

Les juges qui exerçaient cette triple fonction devaient se mettre en quatre. Les procès étaient si nombreux qu’ils n’arrivaient jamais à s’en imprégner. Ils étaient assistés de fonctionnaires qui instruisaient directement les procès en fonction des directives que les juges eux-mêmes leurs donnaient.

Comment expliquer le fait que personne, au niveau politique, n’ait voulu que l’enquête dont vous étiez chargé, soit réalisée ?

Juger Pinochet n’intéressait personne. Les politiciens, que ce soit ceux de droite comme ceux de gauche s’étaient engagés à ne pas toucher à Pinochet pour s’assurer que ce dernier accepte le résultat du plébiscite du 5 octobre 1988 (lorsque le « No » à Pinochet l’a emporté sur le « Si »). En d’autres termes, juger Pinochet dérangeait tous les politiciens ; ils avaient peur que la situation politique du pays soit déstabilisée.

Vos amis vous tournent le dos dès que vous commencez votre enquête. Vous recevez même des messages vous demandant de clore l’investigation…

J’ai, en effet, reçu de nombreuses pressions, de la part d’amis et de politiques de haut rang et aussi de la part de membres de la Cour suprême… Ils voulaient tous que mon enquête s’enlise.


DES FAUX PASSEPORTS DU GÉNÉRAL PINOCHET, UTILISÉS, POUR OUVRIR DES COMPTES BANCAIRES, SÉCRÈTES À L'ÉTRANGER. SOURCE 


Est-ce que les choses ont changé quand tout le monde a su que Pinochet et sa famille avaient des comptes très bien garnis à l’étranger – après que les archives de la CIA aient été déclassées en novembre 2000 ?

Les Chiliens ont été indignés en apprenant que Pinochet et d’autres personnes de son entourage avaient participé à des affaires de fraude qui les avaient enrichis sur le plan personnel. Mais ces délits économiques ont été jugés bien plus sévèrement [surtout par les personnes du camp de Pinochet, ndlr] que les crimes perpétrés pendant la dictature.

Comment s’est comporté l’appareil de justice face à l’enquête ?

J’ai ressenti une véritable solitude professionnelle. A l’époque j’étais membre de la Cour d’appel comme la plupart de mes collègues de travail. Mais moi, contrairement à eux, j’étais complètement pris par l’enquête des crimes commis sous Pinochet. Mes amis devaient marquer une distance envers moi pour prouver qu’ils n’étaient pas influencés, ni « contaminés » par mes considérations et mes décisions. J’ai donc vécu une véritable solitude juridictionnelle.

Plusieurs juges ont enquêté sur la dictature. Avez-vous pu communiquer les uns avec les autres ?

L’indépendance des juges est très importante dans ce genre de procès. C’est la raison pour laquelle il ne fallait pas communiquer entre nous. Cela aurait pu influencer les résolutions des uns et des autres.

Avez-vous changé en suivant cette enquête ?

Evidemment. En voyant et en écoutant les victimes, on ne peut pas rester impassible. J’étais très étonné de voir que les personnes torturées pouvaient en parler comme d’une chose appartenant au passé. Mais ce qui m’a le plus marqué c’est la détresse : jamais je n’ai vu d’hommes et de femmes aussi effondrés que ceux qui ont vu disparaître un être cher. Ne plus pouvoir revoir cet être, ni vivant ni mort, les désespère. Je pense qu’aucune personne dotée de discernement, peut rester indifférente devant un procès de cette nature.

Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui, par rapport au film « Le Juge et le général », dont le tournage a commencé au début des années 2000 ?

Le film parle de deux cas emblématiques, mais il y a eu des milliers de cas, plus de 3 000 morts, plus de 1 200 disparus, et plus de 10 000 habeas corpusrecursos de amparo », en espagnol) rejetés par les juges… ma mission a été bien plus large que ce que montre le film.


LE JUGE ET LE GÉNÉRAL

By Elizabeth Farnsworth and Patricio Lanfranco
A l’époque, j’étais convaincu que les fusillades avaient été ordonnées, et que quand un militaire avouait avoir tiré, il avait obéi à l’ordre d´un officier supérieur. Celui qui répondait ainsi à un ordre était protégé par le fait d’avoir reçu cet ordre. La légitimité de l’ordre l’excusait en quelque sorte.

J’ai appris par la suite que les agents de l’Etat avaient agi en augmentant de façon inhumaine la douleur des victimes, en les blessant au visage ou aux parties génitales, avec des armes coupantes... Et ce n’est que longtemps après avoir créé ces lésions terribles qu’ils donnaient le coup de grâce. La légitimité des ordres militaires n’a rien à voir avec la façon inhumaine dont ils ont joué de la douleur. Et c’est la même chose pour la torture.

10 000 habeas corpus ont été rejetés par les juges chiliens, dites-vous ?

L’habeas corpus est un recours judiciaire dont le but est la mise en liberté immédiate de celui qui est détenu de façon illégale, sans fondement ou sans que soient appliquées les formalités nécessaires. Les tribunaux compétents qui peuvent répondre aux sollicitudes de l’habeas corpus au Chili, sont les cours d’appel. Celles-ci n’ont pas rempli leur rôle, fondamental, d’une cour de justice, pendant la dictature. Conséquence : des milliers d’assassinats, des tortures et des disparitions de personnes ont pu se perpétrer dans l’ombre de la justice.

Les juges des cours d’appel et de la Cour suprême sont de ce fait responsables de complicité avec la dictature, tout comme le sont certains personnages de la société civile et du monde politique aujourd’hui en exercice.

Combien de dossiers ont été instruits ?

En ce moment plus de 300 personnes ont été inculpées et condamnées dont de nombreux agents de l’Etat aujourd’hui derrière les barreaux. Il existe entre 1 800 et 2 000 dossiers en cours d’instruction. Et les peines prononcées varient entre trois et dix ans. Il y a également eu des condamnations à perpétuité. Certains ont même été condamnés à plusieurs peines consécutives de prison à perpétuité.

Comment les poursuites contre les militaires ont-elles été possibles, étant donné qu’une loi d’Amnistie a été dictée sur la période 1973-1978, couvrant ainsi toutes les exactions commises par l’entourage de Pinochet ?

Cinq années après le coup d’Etat, la junte militaire a dicté un décret-loi d’Amnistie qui couvrait tous les crimes commis par les agents de l’Etat pendant les cinq premières années. Cependant, ceux qui ont rédigé cette Amnistie ne connaissaient pas le droit pénal en la matière. Ils méconnaissaient par exemple qu’il existe une distinction dans le droit pénal, entre ce que nous appelons les « crimes instantanés » et les « crimes permanents ou continus » dont le crime d’enlèvement fait partie.

Les crimes instantanés sont ceux qui sont perpétrés au moment même où l’action humaine s’effectue, c’est le cas de l’homicide, du vol, du viol, de la torture et de nombreux autres crimes. Le crime continu ou permanent commence à prendre effet au moment où s’effectuent les premiers agissements délictueux et il prend fin avec le dernier de ces agissements. En d’autres termes, l’enlèvement est un crime qui se poursuit jusqu’au moment où la victime est libérée ou que l’on découvre son cadavre.

Dans le cas des enlèvements perpétrés au Chili (plus de 1 200 cas), ceux-ci étaient couverts par l’Amnistie jusqu’à la date limite de l’Amnistie, c’est à dire entre le 11 septembre 1973 et le 10 mars 1978, mais pas un jour de plus étant donné que les corps des victimes n’ont jamais été trouvés. Grâce à cet oubli des « législateurs », nous avons pu juger les responsables des crimes d’enlèvements qui sont en cours jusqu’à aujourd’hui, puisque les corps de plus de 1 200 disparus n’ont toujours pas été retrouvés.

Au Chili, il n’existe rien après le procès pénal : lorsque le responsable d’un atteinte aux droits de l’homme meurt, l’affaire pénale se termine, parce que la personne n’est plus là et que le procès ne se justifie plus. Comment font les familles de disparus quand le responsable meurt?

L’un des buts du procès pénal est la réparation du mal causé par les crimes perpétrés. Si l’auteur d’un enlèvement ou de la disparition de personnes, meurt, on peut quand même poursuivre l’enquête, étant donné que la « réparation du mal causé » ou la « récupération des ossements de la personne disparue » sont encore en cours, et ce jusqu’à ce que l’objectif soit atteint.

Dans quelles conditions l’enquête a-t-elle pu se faire ? Avez-vous pu être entouré de suffisamment d’experts, d’une bonne équipe de policiers ? Ou vos moyens étaient-ils limités ?

Au début j’avais très peu de moyens. Je travaillais avec un greffier qui travaillait également pour plusieurs autres juges de la Cour d’appel. J’ai souvent écrit moi-même les rapports sur une machine à écrire qui avait été mise à ma disposition. Je n’avais pas d’ordinateur…

Après un an de procédure, j’ai exigé quatre ordinateurs et quatre greffiers et j’en ai obtenu la moitié. J’ai vite compris qu’il fallait que je demande le double de ce dont j´avais besoin. Au début, je comptais avec quatre auxiliaires de justice, deux fonctionnaires de la police civile et un garde du corps, et à la fin, j’étais entouré de vingt policiers, douze gardes du corps... de grands experts, d’anthropologues, de médecins légistes, mais nous risquions à tout moment d´être mis à la porte, au cas où un nouveau coup d’Etat avait eu lieu…