samedi 26 janvier 2013

LES SIRÈNES LIBÉRALES DE BRUXELLES EN VISITE À SANTIAGO DU CHILI


Mais depuis le sommet de Río en 1999, la carte géopolitique de la région latino-américaine a muté. Marqués par un virage progressiste au cours des dernières années [2], plusieurs pays ont opéré une rupture non seulement avec les instances financières internationales (notamment le Fonds monétaire international [FMI] et la Banque Mondiale) mais également avec l’unilatéralisme des traités commerciaux prévalant jusque-là. Le président équatorien Rafael Correa ironisait en 2010 : « Si le libre-commerce aidait au développement, le Mexique serait déjà développé », avant d’ajouter à propos des ALE signés par le Pérou et la Colombie en 2012 : « Nous allons bien voir ce qui est bénéfique ou nuisible, nous verrons bien si les petits agriculteurs, les petites et moyennes entreprises pourront résister à la concurrence européenne. Rien n’est moins sûr [3] . »

Selon l’économiste et journaliste mexicain Braulio Moro, la rencontre de 2013 pourrait donc marquer une rupture : « Contrairement aux sommets précédents, celui-ci n’aboutira probablement pas à un accord de type libre-échangiste. Après tout, la droite n’est pas en position de force aujourd’hui en Amérique latine. » Ni en Europe...

Lors du sommet ibéro-américain de Cádix, le 16 novembre 2012, Le Monde avait titré « Espagne et Amérique latine échangent leurs rôles ». Et le quotidien de souligner que, désormais, « c’est la péninsule qui appelle à l’aide ». De son côté, le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy avait insisté sur le fait que « l’Espagne recevra les investissements latino-américains à bras ouverts », évoquant un juste retour d’ascenseur devant certains de ses homologues du Sud médusés [4].

L’Union européenne demeure le principal investisseur dans la région, avec 43 % du total des investissements directs étrangers (IDE), et le deuxième partenaire commercial de l’Amérique latine. Selon le Système économique d’Amérique latine (SELA) [5], la crise que traversent l’Espagne et le Portugal pourrait avoir un impact sur leurs partenaires latino-américains. Le sommet, qui réunira près de soixante pays des deux régions, constitue un enjeu stratégique important même si l’Union européenne et la Celac resserrent chacune toujours davantage leurs liens avec l’Inde et la Chine.

Un contre-sommet des peuples sera organisé du 25 au 27 juillet [6]. Une centaine d’organisations latino-américaines et européennes y sont attendues pour discuter d’une « Alliance pour le développement durable » visant à « promouvoir des investissements de qualité sociale et environnementale ». Pour M. Fabien Cohen, secrétaire général de l’association France Amérique latine qui participera à cette rencontre, celle-ci vise à « faire pression » pour que les revendications des populations « soient prises en compte » : « Sans remise en cause profonde du système libéral, la montée en puissance des pays du Sud pourrait conduire aux mêmes problèmes que ceux que connaît actuellement l’Europe. »

Notes

[1] Le Paraguay a été suspendu de la Celac, de l’Unasur et du Marché commun du Sud (Mercosur), depuis le « coup d’Etat parlementaire » de juin 2012 (Lire « Coup d’Etat au Paraguay », La valise diplomatique, 23 juin 2012).
[2] Lire William Robinson, « Les voies du socialisme latino-américain », Le Monde diplomatique, novembre 2011.
[3] « Rafael Correa reiteró su rechazo al TLC », El Universo, Guayaquil, 22 juin 2010
[4] « Spain asks for Latam help at Iberoamerican summit », The Guardian, 17 novembre 2012.
[5] Organisme régional intergouvernemental fondé en 1975 regroupant vingt-huit pays de la région et visant à établir des positions et des stratégies communes sur la question du commerce international.
[6] A cette occasion, diverses associations dont Les Amis du Monde diplomatique et France Amérique latine organisent une série de rencontres : le 24 janvier, à 19 heures, le samedi 26 janvier, de 14 à 18 heures, et le lundi 28 janvier, à 19 heures, à chaque fois, à la Bourse du travail de Paris (3, rue du Château d’eau, 75010 Paris). Pour plus d’informations, consulter le site des Amis du Monde diplomatique.