jeudi 31 mai 2012

« S'EN LAVER LES MAINS »

Ce passage raconte que les juifs auraient conduit le Christ devant Ponce Pilate en le présentant comme un rebelle très dangereux. Ils lui auraient alors demandé de le juger et de le condamner à mort. Après l'avoir interrogé, Pilate ne vit aucune raison de le condamner. Or, à cette époque, la coutume voulait qu'on libère un prisonnier à l'occasion de Pâques. Pilate pensa alors à Barabbas, un détenu qu'on lui avait présenté comme un meurtrier. Il eut l'idée de demander à la foule qui elle préférait libérer, pensant que celle-ci opterait pour Jésus plutôt que pour un criminel. Pourtant, le peuple choisit de libérer Barabbas, réclamant toujours la condamnation à mort de Jésus. Alors Pilate, voyant qu'il allait provoquer une émeute, abandonna Jésus à la foule, se lava les mains devant celle-ci et déclara : « Je suis innocent du sang de ce juste, vous, vous y aviserez » ; ce qui signifiait que le sort du Christ lui était égal, et qu'il se dégageait de toute responsabilité. Aujourd'hui, l'expression est restée et s'utilise toujours dans le même sens, pour signifier que l'on se moque totalement de quelque chose, qu'on ne s'y intéresse pas.

mercredi 30 mai 2012

CHILI : 500 000 PORCS ABANDONNÉS SERONT ABATTUS


La semaine dernière, l'entreprise avait abandonné son élevage plusieurs jours durant, faisant état de problèmes concernant la sécurité de ses employés, après des heurts entre la police et des habitants de la ville de Freirina (800 km au nord de Santiago) exaspérés par les mauvaises odeurs dégagées par l'installation.

Face à la possibilité d'une crise sanitaire provoquée par le décès de nombreux porcs faute de soins, le ministère de la Santé avait pris des dispositions pour ordonner la fermeture du site.

Il a été décidé d'abattre les animaux, car leur déplacement aurait nécessité de mobiliser 50.000 camions et aucun lieu n'était immédiatement disponible pour les accueillir.

Agrosuper avait obtenu en 2006 l'autorisation environnementale pour installer son élevage à Freirina. L'entreprise avait mis en place un système à base de micro-organismes pour traiter les déjections des porcs, mais en raison de problèmes techniques, le système ne fonctionnait plus correctement, produisant de mauvaises odeurs qui ont provoqué la colère des riverains.

dimanche 27 mai 2012

CHILI : UN STATUT LÉGAL RÉCLAMÉ POUR LES DISPARUS SOUS LA DICTATURE

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SANTIAGO DE CHILI (CEMENTERIO GENERAL), MONUMENT ÉDIFIÉ À LA MÉMOIRE DES DISPARUS SOUS LE RÉGIME DICTATORIAL DE AUGUSTO PINOCHET (1973-1981) ; AU MILIEU DE TOUS CES «INCONNUS»  SALVADOR ALLENDE (PRÉSIDENT DU CHILI DE 1970 À 1973) OCCUPE UN PLACE PARTICULIÈRE : PLUTÔT QUE DE SUBIR UN RÉGIME DESPOTIQUE CELUI-CI PRÉFÉRA SE LIBÉRER EN SE TIRANT UNE BALLE DANS LE CRÂNE...» PHOTO GUILLAUME CASSAGNES
« Pour des raisons légales, les détenus disparus sont vivants », explique le député du Parti communiste et avocat des droits de l'homme Hugo Gutiérrez.  « Cette polémique démontre que le Chili n'a pas fait face comme il le faudrait à la disparition forcée de personnes », ajoute-t-il. L'enjeu est symbolique (contraindre l'État à reconnaître qu'il a fait disparaître des citoyens), légal (pour des affaires de succession, notamment) et judiciaire (si une victime est simplement déclarée morte, son meurtre sera couvert par une loi d'amnistie).

Pour la justice, le fait que ces personnes restent disparues peut en effet constituer un délit de séquestration permanente, qui n'est pas couvert par la loi d'amnistie des crimes commis entre 1973 et 1978, lors des plus sombres années du régime pinochétiste. Cette dénomination est accordée  «  quand on a pu établir comme un fait certain le décès ou la séquestration suivie d'homicide, après avoir déterminé les circonstances de la mort », grâce à des témoignages ou à des documents, explique un autre avocat, Héctor Salazar.

« Absence pour disparition forcée »

Il existe la possibilité pour un proche de disparu de solliciter auprès d'un tribunal le statut de  « mort supposée », en l'absence de nouvelles durant un certain laps de temps, sans avoir à déterminer les circonstances du décès.  « Cette déclaration permet de réaliser des démarches légales pour une succession. Elle est volontaire, et seuls peuvent l'effectuer les proches les plus directs », ajoute Me Salazar. Il existe également depuis l'année dernière la possibilité d'établir un certificat d'"absence pour disparition forcée », qui permet également de régler des affaires d'héritage. 

Mais pour le Associations de parents détenus-disparus (AFDD), cette qualification est  « insuffisante » et la loi doit établir un statut spécifique de  «  disparition forcée ».  «  L'objectif principal est que l'État déclare officiellement dans ses registres ces Chiliens et ces Chiliennes [...] comme victimes d'une disparition forcée. Ainsi, au Chili, il devrait y avoir des citoyens vivants, morts et des citoyens absents pour cause de disparition forcée » , affirme Lorena Pizarro, présidente de l'AFDD. Pour Mme Pizarro, cette qualification est différente de la notion de  «  mort présumée », qui a été récemment attribuée à des personnes disparues lors du tremblement de terre de 2010, ou de celle d'"absence pour disparition forcée »  introduite en 2011 qui ne traite que des successions.  «  Il n'est pas question de savoir s'ils sont morts. Mais la façon dont ils sont morts est due à une disparition forcée, et donc l'État doit accorder cette reconnaissance à des milliers Chiliens et Chiliennes », poursuit-elle. Le dernier rapport officiel datant de 2011 fait état de plus de 40 000 victimes de la dictature, dont 3 225 morts et disparus. 

samedi 26 mai 2012

CHILI : ORDRE, TRAVAIL, OBÉISSANCE (1977)


 

Ce film permet de comprendre à partir de quelle idéologie le régime du général Pinochet est en train de prendre racine dans la réalité nationale chilienne. A travers de nouvelles institutions comme l'Académie Supérieure de la Sécurité Nationale ou la Division des Activités Civiles, à travers l'action menée au sein de l'Université ou du monde ouvrier, s'exprime une conception de la société en réaction contre un certain nombre de notions communément admises en Occident. Mais, comme le montre aussi ce reportage, le prix du "nouvel ordre" chilien, les sacrifices imposés par une nouvelle catégorie de libéralisme économique, sont lourds pour les couches de la population les plus défavorisées. Dans les cantines populaires, organisées par le Vicariat de la solidarité, dans les "poblaciones" (les bidonvilles) où la vie est encore plus pénible et incertaine qu'avant, pour tous ceux qui ont à subir la répression, cette phase de la "restauration nationale" - telle que la conçoit la junte - n'a pas fini de faire payer son tribut.

jeudi 24 mai 2012

CHILI : LE SORT DES DÉTENUS-DISPARUS





6 décembre 2003


Voici la traduction intégrale d’un article paru dans « La Nación » du 25 novembre 2003, où est relatée d’une manière macabre, mais précise, la façon dont les agents de la DINA (police politique de Pinochet) se débarrassaient des opposants politiques sous la dictature. Les mêmes méthodes ont été employées en Argentine sous Videla et compagnie. Ça se sait depuis longtemps. Mais au Chili, c’est un fait nouveau. Pour aller jusqu’au bout de l’horreur, en bas de page se trouve le lien de l’article original où des dessins expliquent comment cela se passait, avec une carte qui permet de situer les différents endroits cités. ERROR 404 L'article n'est plus en ligne.  L’erreur 404 est un code d’erreur dans le protocole HTTP1. Ce code est renvoyé par un serveur HTTP pour indiquer que la ressource demandée (généralement une page web) n’existe pas. Certains navigateurs web affichent alors le message « 404 File Not Found » (de l’anglais signifiant « fichier non trouvé ») à destination de l’internaute. ]


LE DESTIN DES DÉTENUS - DISPARUS DE LA DINA DANS LA RÉGION MÉTROPOLITAINE

Les Anges de la Mort

Une enquête exhaustive et longue du juge Guzmán et de son équipe de détectives du Département V a réussi à dévoiler le secret le mieux gardé par la DINA : le destin de ses détenus - disparus dans la Région Métropolitaine. L’opération systématique fût réalisée par les pilotes et les mécaniciens des hélicoptères Puma du Commando d’Aviation de l’Armée de terre entre les années 1974 et 1978.

Jorge Escalante journaliste de La Nación 

Les mollets et les pieds dépassaient des sacs de pommes de terre. On voyait les chaussures à talons, hauts et bas des femmes. Quelques fois, le bout de la jupe dépassait. On voyait les chaussures et l’extrémité des pantalons des hommes. Chaque sac contenait un corps attaché avec du fil de fer à un morceau de rail. Certains corps avaient encore du sang frais. D’autres rejetaient l’odeur de la première décomposition. D’autres sacs étaient imprégnés d’huile humaine, signal que les cadavres étaient restés enterrés quelque temps. Quelques sacs, les moins nombreux, n’avaient pas la forme d’un corps mais étaient d’une taille plus réduite, avec seulement une partie des restes.

Il y a eu au moins 40 voyages. À chacun d’eux, de 8 à 15 sacs montèrent à bord des hélicoptères Puma. Des 12 mécaniciens de l’Armée de terre qui ont finalement reconnu les opérations, chacun a au moins fait un voyage. Dans quelques cas, il y en eût deux, trois, ou plus. Il y a d’autres mécaniciens qui ont participé aux opérations mais qui le nient encore. Le secret a été gardé pendant presque 30 ans par les pilotes et mécaniciens du Commando d’Aviation de l’Armée de terre (Comando de Aviación del Ejército CAE ), organisme responsable de l’opération. Au début, tous ont nié, plusieurs fois. Les pilotes nient encore aujourd’hui. Mais les mécaniciens ont rompu le serment scellé avec le sang des autres. Le juge Guzmán et les détectives qui l’ont assisté ont tiré le bout du fil et ont enquêté, silencieux et patients, pendant plus d’un an, dans le cadre du procès de la disparition de la dirigeante communiste de la rue Conferencia (Marta Ugarte).

Intégrer les détails des vols de la mort surprend. Voici enfin la réponse, détaillée, et cette fois racontée de l’interieur, du destin des prisonniers de la DINA à Santiago. Il y eût entre 400 et 500 corps jetés à la mer lors de ces opérations, principalement menées entre 1974 et 1978, bien qu’elles auraient aussi eu lieu dans les dernières semaines de 1973. Le rapport des Forces Armées qui est né de la Table Ronde sur les Droits de l’Homme en janvier 2001, avec l’information sur le destin de 200 détenus - disparus (49 sur terre et 151 à la mer), a consigné à peine 29 cas attribués à la DINA. De ceux-ci, seulement 23 apparaissent comme lancés à la mer. A la Table Ronde, l’Armée commandée alors par le général Ricardo Izurieta a affirmé qu’elle ne possédait pas plus d’information. En accordant le bénéfice du doute, l’Armée de terre n’a pas réussi à rompre le secret des assermentés. Mais elle ne l’a pas fait non plus jusqu’à aujourd’hui. Les chiffres officiels du rapport Rettig et des organismes qui ont suivi indiquent que les disparus de la DINA dans la région métropolitaine entre 1973 et 1975, furent au nombre de 590.

MAMO (surnom donné à Manuel Contreras) A RAISON

Finalement, la vérité a été confirmée. Les exécuteurs l’ont confirmé, ou une partie d’entre eux. Comme cela arrive dans d’autres cas effrayants, comme les exécutés de la Moneda à Peldehue, ceux qui ont parlé sont ceux d’en bas, pas les officiers supérieurs. Les mécaniciens sont tous des sous-officiers aujourd’hui à la retraite.

Il faut admettre que l’ancien chef de la DINA, Manuel Contreras, avait pour une fois raison : « Il n’y a pas de détenus - disparus de la DINA, ils sont tous morts » a-t-il dit récemment à une journaliste de Canal Plus de la télévision française. Ce que Contreras n’a jamais reconnu, c’est que l’opération macabre et systématique de jeter les corps à la mer avait existé. Et que jamais elle n’a pu être planifiée seulement par celui qui fût le chef du Commando d’Aviation de l’Armée de terre entre janvier 1074 et décembre 1977, le Colonel Carlones Mardones Díaz. Il a été, avec quatre autres anciens pilotes du CAE, inculpé le vendredi 14 novembre 2003 par le juge Guzmán en qualité de complice et dissimulateur dans l’instruction sur la mort de Marta Ugarte. Le corps de cette dirigeante communiste fût le seul des victimes jetées à la mer, que les profondeurs de l’océan ont relaché et qui en septembre 1976 a échoué sur la plage La Ballena, près de la crique Los Molles dans la Vème région. Ce fût l’unique faille du système d’extérmination, la piste qui permettra de condamner les coupables aujourd’hui. Aucun autre corps jeté à la mer n’est réapparu. Le « coupable » de la fixation défectueuse du poids, qui a permis que le cadavre de Ugarte remonte à la surface et qui s’est transformé en une preuve fondamentale, est identifié et a confessé son erreur criminelle.

Mais Guzmán a inculpé aussi, pour ce cas, en qualité d’auteurs de séquestration et homicide, Contreras et son cousin, le brigadier en retraite Carlos López Tapia, qui en 1976, était le chef de la Brigade d’Intelligence Métropolitaine de la DINA et en même temps, chef de la Villa Grimaldi. Ce fût le principal centre clandestin de réclusion et de torture dans le pays, et de là, furent sortis la majeure partie des corps qui allaient à la mer. Le juge fût appuyé le vendredi 21 novembre 2003 par la cinquième chambre de la Cour d’Appel de Santiago, qui a confirmé les inculpations. Bien qu’elle ait rejeté celle du pilote Emilio de la Mahotiere « qui était en France » quand Marta Ugarte a disparu.

TOBALABA-PELDEHUE

L’Opération « Puerto Montt » (Code avec lequel on notait la liste des prisonniers qui seraient exécutés et lancés à la mer dans les centres clandestins de la DINA), eût un protocole de conduite qui s’est répété. Avant chaque vol, les mécaniciens recevaient l’ordre d’enlever les sièges du Puma (de 18 à 20), et le réservoir d’essence de secours. L’autonomie de vol de cet hélicoptère sans le 2ème réservoir est de deux heures et demie. Chaque voyage était ordonné par le chef du CAE au chef de la compagnie aéroportée de ce commando d’hélicoptères. Tous les vols étaient enregistrés.

Les machines partaient à chaque fois de l’aérodrome de Tobalaba dans la commune de La Reina, où a fonctionné le Commando d’Aviation de l’Armée de Terre durant ces années. L’équipage était composé d’un pilote, d’un copilote, et d’un mécanicien. Le vol démarrait en direction de Peldehue, à Colina. Une fois là, en zone militaire, ils descendaient et étaient attendus, normalement, par deux ou trois « camionettes » Chevrolet C-10, presque toujours blanches, dont la partie arrière était couverte d’une bâche. Deux ou trois agents civils étaient en charge de ces véhicules. Les civils enlevaient les bâches qui cachaient les corps empilés et les déchargeaient pour les mettre à l’intérieur de l’hélicoptère. Ensuite, le Puma repartait avec les civils à bord. Normalement, il se dirigeait vers la côte de la Vème région, et à la hauteur de Quintero, la machine prenait la direction de la haute mer à la hauteur de San Antonio ou Santo Domingo.

Arrivé à une distance appropriée, le pilote donnait l’ordre de décharger les corps. Le lancement s’effectuait au travers de l’écoutille d’un mètre carré environ, située au milieu de l’hélicoptère, où se trouve le crochet de charge qui descend à l’intérieur, à la hauteur du rotor principal. Mais la décharge se faisait quelques fois depuis une écoutille de poupe, d’1,80 mètre de haut sur 1 mètre de large. Les agents civils effectuaient le lancement et étaient responsables, non seulement d’emmener les corps à Peldehue et les mettre à l’intérieur de l’hélicoptère, mais aussi de vérifier que les sacs atteignaient bien le fond de la mer.

L’identité des corps jetés à l’océan lors de cette opération n’est pas établie, puisque les témoins disent qu’ils ne les ont jamais connus, sauf celle de Marta Ugarte. Ceux qui les connaissent, comme l’ancien chef de la DINA Manuel Contreras, nient que cette opération ait existé.

« ILS BRILLAIENT »

Les rails « coupés récemment, puisqu’ils brillaient des deux côtés », comme les a vu le Commissaire aux enquêtes et agent de la DINA, Nibaldo Jiménez Santibañez, garantissaient, en principe, que la preuve du crime irait avec le morceau de métal au fond de l’océan. Jiménez dit dans une de ses déclarations lors de la procédure, que quand il a demandé un jour à quoi servaient ces rails coupés en morceaux, on lui a répondu : « C’est pour les paquets ». Quand il a demandé « Quels paquets ? », il soutient qu’on lui a répondu : « Ceux qui s’en vont en morceaux tous les jours d’ici, un grand lot à la mer, ils les enveloppent dans un sac bien attaché avec du fil de fer, jettent le corps avec le rail, et avec le poids du rail, ils vont au fond ». Ce n’était pas les anciens prisonniers qui parlaient des rails, et pas seulement le champion de pêche sous-marine Raúl Choque, qui une fois dans les années 80 a déclaré à la presse qu’il avait vu des ossements dans les fonds sous-marins, en face de Pisagua, collés à des morceaux de rails. Dès lors les morceaux de voies ferrées devenaient une réalité dite par un des agents et qui le racontait à un juge.

Le Colonel en retraite Olapier Benavente Burdos n’était pas non plus devenu fou, quand le 24 juin 1999, il a déclaré à une entrevue pour « ’La Nación » que « le pilote de Pinochet, son chou-chou, Antonio Palomo », lui a raconté un jour d’été, quelques années après 1973 à Pelluhue, où tous les deux ont une maison de campagne, qu’il avait dû faire des voyages en pilotant un Puma pour lancer des corps à la mer. « Ils partaient de Tobalaba », a déclaré le Colonel en retraite Benavente que lui avait dit Palomo. C’était la première fois qu’un officier de haut rang en retraite, révélait une partie du secret. Mais cette fois, tout en restât là, seulement des déclarations. Les antécédents découverts aujourd’hui n’existaient pas. Bien sûr, Palomo a démenti les déclarations de Benavente quand le juge Guzmán l’a interrogé.

LE NETTOYAGE

Une fois accomplie chaque mission de vol, les hélicoptères revenaient à Peldehue à l’endroit où étaient stationnées les « camionettes » C-10. C’est ici que descendaient les civils, montaient dans les « camionettes » et partaient.

L’hélicoptère repartait et retournait à sa base du CAE à Tobalaba. Une fois la machine vidée de son équipage, les mécaniciens réalisaient l’opération de nettoyage du sol, qui la plupart du temps restait imprégné de sang avec une odeur de viande décomposée pénétrante. Ils passaient le sol et l’intérieur au jet et laissaient l’hélicoptère se ventiler. Quand l’odeur et le sang avaient disparu, les mécaniciens réinstallaient les sièges et le réservoir secondaire, sans savoir que le lendemain, cet hélicoptère devait accomplir une tâche similaire. Normalement, ce nettoyage n’était pas réalisé par les mêmes mécaniciens qui avaient participé au vol. Parmi les nettoyeurs, a figuré plus d’une fois E.A.O., le mécanicien personnel du Puma nº256 du Commandant en chef de l’Armée de terre, le général Augusto Pinochet. Bien que celui-ci soutienne dans l’enquête que « jamais », il ne lui a été donné de réaliser ces vols pour la haute mer. Son chef a été pendant de nombreuses années, le brigadier Antonio Palomo, aujourd’hui à la retraite.

« Quand on discutait, entre mécaniciens, j’ai pu me rendre compte que beaucoup d’entre eux avaient réalisé ce type de voyages », à déclaré au procès un autre mécanicien qui a participé aux vols et que nous appellerons « Rotor 1 ».

Les identités des mécaniciens, qui ont finalement raconté au juge les ténébreuses histoires qui ont permis de connaître ces faits, LND les tient en réserve. Le fils de l’un d’entre eux a été séquestré pendant quelques heures, vendredi dernier, le jour même où le juge Guzmán a énoncé les premières accusations dans l’affaire Marta Ugarte avec cinq anciens pilotes des Puma, en plus de Contreras et López Tapia. Deux individus l’ont obligé à monter dans une auto, l’ont attaché, lui ont mis une cagoule sur la tête, l’ont battu, et lui ont dit qu’il dise à son père de « fermer sa gueule ». Puis ils l’ont jeté dans une rue de Santiago.

Un autre des mécaniciens, « Rotor 2 », à raconté pendant l’enquête, qu’à peine les vols avaient commencé, le commandant du CAE Carlos Mardonez a réuni les pilotes et les mécaniciens, et leur a déclaré : « Il s’agit de missions secrètes que vous ne devez commenter à personne d’autre que ceux qui y participent. Vous ne devez même pas en parler à vos familles ».

LE TRIBUNAL

Le commissaire en retraite Nibaldo Jiménez, ancien agent de la DINA en fonction à Villa Grimaldi et dans l’enceinte de José Domingo Cañas soutient que « Ceux qui envoyaient les individus à la mer étaient une assemblée qui se tenait avec les chefs de groupe de l’époque, les capitaines Miguel Krassnoff Marchenko, Maximiliano Ferrer Lima, et d’autres, parce qu’il y avait plusieurs casernes. Ils se réunissaient comme un tribunal, où ils décidaient quel détenu serait sauvé et quel autre irait à la mer, avec le code nommé « Puerto Montt ». Ces « autres » auxquels se réfère Jiménez son ceux de toujours, Marcelo Moren Brito et Pedro Espinoza Bravo, tous les deux chefs en alternance de différents centres clandestins de la DINA. Le résultat de chacune de ces réunions, continue Jiménez, « était envoyé au général Contreras, chef suprême de la DINA (...). Le général Contreras est celui qui vérifiait les listes et en définitive décidait du sort des détenus.

Une autre victime de la DINA a été le journaliste Máximo Gedda Ortiz, le frère des Gedda qui réalise l’émission « Au sud du Monde ». Détenu en juillet 1974, il a disparu dans l’immeuble au nº 38 de la rue Londres. Jiménez raconte l’état dans lequel il a vu son corps avant que, on le présume, il n’allonge la liste des jetés à la mer. « Un sujet nommé Gedda fût détenu. On lui avait enlevé au couteau la chair de la jambe et on voyait l’os. Cela pendait, ils l’avaient pendu. Ils l’avaient fouetté ».

Jiménez décrit une autre facette de l’horreur et de la brutalité contre un autre des disparus de la DINA. Il s’agit du photographe Teobaldo Tello Garrido, qui avait été fonctionnaire des Renseignements Généraux pendant le gouvernement de Salvador Allende. Il a été arrêté en août 1974 et a disparu. « Je suis allé le voir dans une cellule bondée de détenus, il a ouvert la bouche et j’ai vu qu’il saignait. Ses dents avaient été arrachées avec une pince par Monsieur Marcelo Moren(...). Le Colonel Moren était assez brutal ».

LES PILOTES DE LA CARAVANE

Parmi les cinq anciens pilotes d’hélicoptères Puma que le juge Guzmán a inculpé pour la séquestration et le meurtre de Marta Ugarte figurent ceux qui furent les pilotes de la Caravane de la Mort. Antonio Palomo a été le pilote sur le trajet sud de cette opération, et a agi comme son copilote Emilio de la Mahotiere González. Pour le trajet nord de la caravane, le pilote fût le même de la Mahotière et le copilote, Luis Felipe Polanco Gallardo. Le cinquième pilote détenu est le colonel en retraite Oscar Vicuña Hesse.

Une seconde phase de cette méthode de disparition de détenus jetés à la mer, a commencé après 1978 et a continué au moins jusque 1981-82, après qu’à la fin de 1978, on ait découvert les cadavres de 15 paysans dans un four de Lonquén et l’Armée de terre et Pinochet se sont inquiétés.

Cette seconde phase connue sous le nom de « remaniements » clandestins, fût admise, y compris par l’ancien directeur de la Centrale Nationale d’Informations (Renseignements Généraux), le général Odlanier Mena, et à son propos, ont déposé aussi quelques anciens agents qui ont participé à l’opération. A cette opération appartiennent, entre autres, les prisonniers de Chihuío dans la 10ème région, les exécutés de La Moneda détenus à Peldehue, et les 26 victimes de la Caravane de la Mort enterrées clandestinement dans le désert de Calama. Celles-ci ne furent pas victimes de la DINA.

Probablement, une fois l’expérience acquise, cette seconde phase a été réalisée par les mêmes pilotes et mécaniciens du Commando d’Aviation de l’Armée de terre. Cet épisode n’est pas totalement éclairé judiciairement. En tout cas, les commandants du CAE après Carlos Mardones ont été : le colonel Hernán Podestá Gómez, entre janvier et décembre 1978 ; le colonel Fernando Darrigandi Márquez entre janvier 1979 et juillet 1981 ; et le colonel Raúl Dirator Moreno, entre août 1981 et février 1982.


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CHILI : DISPARUS SOUS PINOCHET, INSCRITS SUR LES LISTES ÉLECTORALES

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DES EMPLOYÉS DE LA PRÉSIDENCE DE SALVADOR ALLENDE ARRÊTÉS PAR L'ARMÉE LORS DU COUP D'ETAT DU 11 SEPTEMBRE 1973, À SANTIAGO DU CHILI. PHOTO REUTERS PHOTOGRAPHER
Il y a quelques mois, le Parlement chilien a adopté une réforme permettant l'inscription automatique sur les listes électorales de tous les majeurs chiliens et des expatriés. La mesure est entrée en vigueur le 23 janvier, saluée dans le pays comme une avancée démocratique car elle facilite le droit de vote à 4,5 millions de Chiliens, notamment parmi les jeunes qui n'avaient jamais effectué les démarches pour s'inscrire. De 8 millions d'électeurs, le pays est ainsi passé en quelques semaines à 12,5 millions.

"DE QUI SE MOQUE-T-ON ?"

Les services électoraux n'avaient toutefois pas prévu qu'environ 1 200 disparus sous la dictature de Pinochet se retrouveraient ainsi automatiquement inscrits, car leur certificat de décès n'a jamais été officiellement émis. Selon la loi, les détenus disparus sont en effet considérés comme vivants tant que leur mort n'a pas été établie par un médecin ou prouvée devant un tribunal. Mardi 22 mai, le Service du registre électoral a dû admettre que leurs noms figuraient bien dans le corps électoral.


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PORTRAITS DE DÉTENUS DISPARUS AU MUSÉE DE LA MÉMOIRE ET DES DROITS DE L'HOMME, INAUGURÉ À SANTIAGO DU CHILI EN JANVIER 2010. PHOTO VICTOR RUIZ CABALLERO    
Pour les familles de victimes, cette aberration ressemble à une mauvaise blague. "Mon père a le droit de voter ? De qui se moque-t-on ? Je ne sais même pas où il est", a réagi Lorena Pizarro, présidente d'une association de victimes de la dictature et fille de Walter Ulises Pizarro Molina, membre du Parti communiste, disparu en décembre 1976.

"Nous devons inclure les disparus sur les listes car la loi nous y oblige, a expliqué à l'Associated Press Elizabeth Cabrera, sous-directrice du Service du registre électoral. C'est une situation déplorable pour les familles de victimes, mais nous n'avons pas le pouvoir de décider qui est inclus sur les listes et qui ne l'est pas." Pour Elizabeth Cabrera, les disparus resteront inscrits tant que les tribunaux n'auront pas fini de se prononcer sur les crimes de la dictature d'Augusto Pinochet.

FLOU JURIDIQUE


Cette lecture strictement légale ne satisfait pas les proches de disparus. "Aucun respect n'a jamais été montré aux victimes ni à leurs familles. Nous ne devrions pas avoir à faire face à une telle situation", juge Lorena Pizarro. Pour les familles de victimes, le flou juridique concernant les disparus de la dictature symbolise l'échec de l'Etat chilien à répondre à leur demande de vérité et de justice. "Cela participe à l'impunité et à l'absence de réparations aux familles pour les torts causés", poursuit Lorena Pizarro.

Selon l'Etat chilien, la dictature de Pinochet (1973-1990) a provoqué la mort de 3 225 Chiliens, parmi lesquels 1 200 sont considérés disparus. Environ sept cents anciens cadres de la junte militaire sont jugés pour des disparitions forcées de dissidents. Soixante-dix ont été condamnés et emprisonnés pour crime contre l'humanité, mais très peu d'informations sont sorties de ces procès pour retrouver la trace des disparus.



mercredi 23 mai 2012

VISITE EN FRANCE DE MME MICHELLE BACHELET

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LA DIRECTRICE EXÉCUTIVE D’ONU FEMMES, MICHELLE BACHELET, ET LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA FRANCOPHONIE, ABDOU DIOUF, ONT SIGNÉ CE LUNDI 21 MAI 2012, UN ACCORD-CADRE DE COOPÉRATION PHOTO OIF

A l’occasion de cette visite, M. Laurent Fabius signera avec Mme Bachelet un accord de coopération entre la France et ONU Femmes, qui pemettra de renforcer nos échanges et notre concertation.
Mme Bachelet, qui s’est déjà entretenue avec Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre aux droits des femmes, sera également reçue par M. Jean-Pierre Bel, Président du Sénat le vendredi 25 mai matin et par Mme Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé (23 mai matin).
Mme Bachelet participera également au Forum de l’OCDE, signera un accord de coopération avec l’Organisation Internationale de la Francophonie, et participera à des rencontres à l’UNESCO, à Sciences Po et à l’Institut du Monde Arabe. Elle participera également, au ministère des Affaires étrangères, à un échange avec les principales ONG françaises actives dans le domaine des droits des Femmes.
Les droits des femmes constituent l’une des priorités de l’action extérieure de la France en matière de droits de l’Homme :
 la France a notamment contribué à l’adoption des résolutions « Femmes, Paix et Sécurité » du Conseil de sécurité et a adopté un plan national d’action pour leur mise en œuvre en octobre 2010. Ces résolutions soulignent la nécessité de renforcer la protection des femmes dans les conflits et consacrent le principe selon lequel la pleine participation des femmes aux processus décisionnels, sur un pied d’égalité avec les hommes, est une condition déterminante de l’établissement et du maintien d’une paix durable.
 la France a également œuvré à la création au sein du Conseil des droits de l’Homme d’un groupe de travail chargé de la question des discriminations à l’encontre des femmes dans la législation et dans la pratique.
 la France a participé activement à l’élaboration de la Convention du Conseil de l’Europe pour prévenir et combattre les violences contre les femmes et les violences domestiques, dont elle est l’un des premiers signataires (mai 2011) et dont la procédure de ratification est en cours.
 Enfin, la France soutient pleinement ONU Femmes et apporte un montant total de près de 8 M€, au titre de sa contribution mais aussi en faveur d’actions, telles que le programme de lutte contre les violences dans le monde arabe et l’Afrique sub-saharienne, le programme d’accès des femmes à la justice en Afghanistan, la lutte contre la mortalité maternelle et infantile.

mercredi 16 mai 2012

BRASILIA : DILMA ROUSSEFF INSTALLE LA COMMISSION D'ENQUÊTE SUR LA DICTATURE

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LA PRÉSIDENTE BRÉSILIENNE DILMA ROUSSEFF 
LE 16 MAI 2012 À BRASILIA. PHOTO PEDRO LADEIRA
BRASILIA - La présidente brésilienne Dilma Rousseff, une ex-guérillera emprisonnée et torturée sous la dictature, a installé mercredi la "Commission de la Vérité" destinée à faire la lumière sur les crimes commis sous le régime militaire (1964-85).
«Le Brésil mérite de connaître la vérité, les nouvelles générations méritent de savoir la vérité et surtout ceux qui ont perdu des amis ou des proches et qui continuent à souffrir, comme s'ils mouraient de nouveau tous les jours », a déclaré Mme Rousseff d'une voix émue. 


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L'INTERROGATOIRE DE DILMA ROUSSEFF FACE À LA JUSTICE MILITAIRE, NOVEMBRE 1970. C’EST LE JOURNALISTE RICARDO AMARAL QUI A RETROUVÉ CE CLICHÉ DANS LES ARCHIVES DE LA POLICE MILITAIRE POUR LA PUBLIER DANS UNE BIOGRAPHIE « CE QUE LA VIE DEMANDE, C’EST DU COURAGE » – TITRE TIRÉ D’UNE PHRASE DU GRAND ÉCRIVAIN BRÉSILIEN GUIMARAES ROSA, QUE DILMA ROUSSEFF AVAIT CITÉ LORS DE SON DISCOURS D'INVESTITURE, LE 1ER JANVIER 2011.

La Haut commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, Mme Navi Pillay, a considéré dans un message lu au cours de la cérémonie que la commission était « un pas nécessaire et très attendu » pour que le Brésil rende des comptes sur ces années de plomb. 

Tous les ex-présidents vivants ayant exercé depuis la fin de la dictature ont participé à la cérémonie qui se déroulait au palais présidentiel : Luiz Inacio Lula da Silva (2006-2010), le social-démocrate Fernando Henrique Cardoso (1995-2002), Fernando Collor de Mello (1990-92) et José Sarney (1985-90), actuel président du Sénat. 

La présidente a investi les sept membres de la commission --créée en novembre-- qui enquêteront pendant deux ans sur la disparition d'opposants à la dictature et sur les violations des droits de l'homme. 
Cette commission ne remet toutefois pas en question la loi d'amnistie de 1979 qui a permis le retour des exilés mais protège aussi les tortionnaires. Beaucoup, dont la Cour Inter-américaine des droits de l'homme, demandent d'ailleurs sa révision. 

Le Brésil a officiellement enregistré 400 morts et disparus pendant le régime militaire, contre 3.200 au Chili et 30.000 en Argentine. 
  

dimanche 13 mai 2012

LA NOUVELLE RUÉE VERS L'OR FAIT DES RAVAGES EN AMÉRIQUE LATINE

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La ruée vers l'or et autres métaux précieux est en plein essor dans le secteur minier informel, en particulier au Pérou, en Colombie et en Bolivie, où parallèlement prospère l'industrie minière. Quelque 300 milliards de dollars d'investissements sont prévus à travers le continent d'ici à 2020 tous métaux confondus, selon la Société interaméricaine des mines. Pourtant, quelque 162 conflits miniers ont éclaté dans la région en raison de l'opposition croissante de communautés locales à des projets qu'elles considèrent comme une menace pour l'environnement, selon l'Observatoire des conflits miniers en Amérique latine.



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En dix ans, le prix de l'or s'est envolé

En une décennie, le prix de l'or est passé de 270 dollars à 1.600/1.800 dollars l'once, convertie en valeur refuge dans la tourmente de la crise économique mondiale, et le prix du cuivre n'a jamais été aussi élevé en raison de l'appétit insatiable de la Chine pour le métal rouge.

L'exploitation minière illégale, en particulier de l'or, a déjà fait des centaines de victimes et dévasté des milliers d'hectares en Amazonie où sont installés des camps qui détruisent tout sur leur passage. Le phénomène s'accompagne d'un véritable désastre social: des milliers d'enfants, de femmes et d'hommes exploités, vivent dans des camps sordides où n'existent ni écoles ni centres de santé.


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LA MINE D’OR DE SERRA PELADA  ÉNORME TROU CREUSÉ EN PLEINE FORÊT AMAZONIENNE.
Des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants exploités

Au Pérou, 110.000 à 150.000 personnes se consacrent à l'exploitation minière illégale et un millier d'enfants sont exploités sexuellement dans la province de Madre de Dios (est), selon l'ONG Save The Children. "Il y a des dizaines de +prostibars+, avec des centaines de fillettes à qui on a fait croire qu'elles vont gagner beaucoup d'argent", indique à l'AFP Teresa Carpio, directrice de l'ONG Save the Children au Pérou. "C'est l'exploitation absolue de l'être humain. Les conditions de vie sont atroces et toutes les valeurs sont perverties", dit-elle.




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PHOTOS FAITES PAR SEBASTIAO SALGADO AU DÉBUT DES ANNÉES 1980, DE CES MILLIERS DE FORÇATS REMONTANT LA TERRE ET SES PAILLETTES D’OR DU FOND DE CET ÉNORME TROU.
 Dans cette région, l'une des plus pauvres du Pérou, la production d'or atteint 18 tonnes par an, assortie de la destruction de 20.000 hectares de forêts tropicales.

En Colombie, des milliers de personnes ont recommencé à exploiter d'anciennes mines dans les départements d'Antioquia et du Choco. En Bolivie, quelque 10.000 personnes vivent de l'exploitation informelle des mines d'or dans des conditions extrêmes, selon les ONG.

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Des projets miniers critiqués par les populations locales

L'appétit croissant pour les ressources minérales fait de l'Amérique latine une des régions les plus attractives pour les investissements. Aujourd'hui 45% du cuivre mondial, 50% de l'argent et 20% de l'or proviennent de la région qui, si les projets d'investissements aboutissent, dominera la production mondiale de ces métaux en 2020. Toutefois, plusieurs chantiers ont été interrompus au Chili, au Pérou ou en Argentine.


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PHOTOS FAITES PAR SEBASTIAO SALGADO AU DÉBUT DES ANNÉES 1980, DE CES MILLIERS DE FORÇATS REMONTANT LA TERRE ET SES PAILLETTES D’OR DU FOND DE CET ÉNORME TROU.
L'application de la Convention 169 de l'OIT, qui requiert la consultation préalable des communautés locales, est devenue l'arme principale contre les projets miniers. Le projet Conga, le plus gros investissement minier du Pérou (4,7 milliards de dollars), est combattu par la population de Cajamarca (nord), qui craint ses conséquences pour l'environnement. Le projet est interrompu depuis novembre. Dans la localité argentine de Famatina, la compagnie canadienne Osisko Mining Corp a dû suspendre son projet d'exploitation de mines d'or à ciel ouvert.

Au Chili, le groupe minier canadien Goldcorp a dû interrompre le fonctionnement de la mine d'El Morro (nord), qui recèle de prometteuses réserves d'or et de cuivre pour ne pas avoir consulté les populations autochtones.

jeudi 10 mai 2012

ÉTUDIANTS, UNISSEZ VOUS !

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CAMILA VALLEJO PAR L'ILLUSTRATRICE POLONAISE AGATA NOWICKA PRÉSENTE DES OEUVRES ORIGINALES ET FRAICHES AU STYLE RÉTRO SYMPATHIQUE. MÉLANGE DE LIGNES ET DE TOUCHES DE COULEUR, SES ILLUSTRATIONS ONT L'AIR DE SORTIR DES ANNÉES 80.  
L’Union soviétique n’a-t-elle pas démontré que le communisme est voué à l’échec?
 
Je crois que le vrai communisme n’a jamais vraiment existé. Les régimes mis en place dans le passé s’inscrivaient dans un contexte défavorable pour leur développement, avec une bureaucratie et une autocratie extrêmes. Le communisme est un idéal qui ne s’est développé pleinement nulle part. À la base, le communisme implique une société où chacun partage des conditions de vie égales, où chacun a accès à ce dont il a besoin et contribue, par son travail, à la communauté, selon ses capacités. On parle d’une société sans classe, où les hommes et les femmes se sentent réellement libres et se réalisent pleinement sur les plans moral, matériel et intellectuel.

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CAMPAGNE PUBLICITAIRE POUR LE  MUSÉE DU COMMUNISME  À PRAGUE, EN RÉPUBLIQUE TCHÈQUE. ACTION DE MARKETING  « PÉNÉTREZ DANS L’INTIMITÉ DE… »  ICI KARL MARX EN TRAIN DE SE COUPER LES ONGLES DE L’AGENCE YOUNG AND RUBICAM 

Le Chili est prospère. Pourquoi devrait-il changer?
 
Le produit intérieur brut de notre pays est de 15 000 $US par habitant, mais cette richesse ne profite pas à la majorité de la population : 5 % des personnes les plus riches gagnent 800 fois plus que les 5 % des Chiliens les plus pauvres. Le mécontentement du peuple ne tient pas qu’à une idée abstraite, mais s’ancre dans des conditions matérielles réelles. Il faut amorcer un débat de fond au sujet de notre conception du développement et du modèle de développement que nous voulons. Est-ce que nous voulons le modèle néolibéral actuel, qui provoque la concentration des pouvoirs économiques, culturels et politiques? Ou un modèle qui permet le plein développement des êtres humains, l’accès à une qualité de vie, le respect de la dignité et la garantie des droits?

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CAMPAGNE PUBLICITAIRE POUR LE  MUSÉE DU COMMUNISME  À PRAGUE, EN RÉPUBLIQUE TCHÈQUE. ACTION DE MARKETING  « PÉNÉTREZ DANS L’INTIMITÉ DE… »  ICI STALINE ET SON HAREM DE L’AGENCE YOUNG AND RUBICAM 


Lors d’un voyage en Allemagne, vous avez été constamment accompagnée des représentants officiels du Parti communiste. Ont-ils peur de vous laisser parler librement?
 
Nous avons toujours été un collectif. Rien n’est développé individuellement et toutes nos idées sont le résultat d’un consensus. Notre travail est entièrement intégré. Contrairement à l’image projetée par les médias, notre action n’est pas le fait d’une seule personne, mais d’un mouvement. Mais je ne crois pas que quelqu’un ait peur de me voir m’exprimer par moi-même.
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CAMPAGNE PUBLICITAIRE POUR LE  MUSÉE DU COMMUNISME  À PRAGUE, EN RÉPUBLIQUE TCHÈQUE. ACTION DE MARKETING  « PÉNÉTREZ DANS L’INTIMITÉ DE… »  ICI  LÉNINE SOUS LA DOUCHE DE L’AGENCE YOUNG AND RUBICAM 

Est-ce que la révolution communiste va se répandre?
 
Nous croyons à une révolution communiste non violente, sans recours aux armes. Nous misons sur la démocratisation au Chili. Nous voulons faire les choses à notre façon et redonner le pouvoir au peuple chilien. Au Chili, le communisme est perçu comme quelque chose de lointain, mais il émerge, il chemine vers un processus de démocratisation réussi.

Croyez-vous que le mouvement pourrait séduire ailleurs en Amérique latine?

Dans la région, nous partageons des pages d’histoire assez semblables. Nous avons subi des dictatures mili­taires et la colonisation par les États-Unis et l’Europe. Les pays de l’Amérique latine ont tenté de former des États indé­pendants économiquement et politiquement, de retrouver leur indépendance et leur identité propre. Nous, du mouvement étudiant, organisons des conférences afin de définir des stratégies et des politiques. Nous avons également des suggestions quant à la façon d’unifier le mouvement étudiant sur le marché du travail, de retrouver le droit à l’éducation, de lutter contre la répression et de continuer à nous opposer à l’impérialisme, au capitalisme et au néolibéralisme, selon les pays. Mais nous ne représentons pas qu’un phénomène chilien ou latino-américain. D’autres mouvements similaires émergent, en Europe et ailleurs dans le monde.

mercredi 9 mai 2012

UDI

L’Union démocrate indépendante (Udi), formation politique fondée par des catholiques traditionalistes «grémialistes », la droite affairiste qui compose la coalition qui gouverne le Chili. 
LOGOTYPE OFFICIEL DU PARTI  PARTI POLITIQUE CHILIEN CONSERVATEUR UNION DÉMOCRATE INDÉPENDANTE ( UDI )
Axe fondamental de la coalition conservatrice au pouvoir et très lié à l'Opus Dei, la secte ultra catholique née en Espagne sous Franco, l’Udi avait fourni aussi une bonne partie des cadres à l'administration de la dictature militaire du général Pinochet. C'est un Parti relativement homogène, catholique et jeune dont le discours populiste tente de pénétrer les couches populaires du pays. Il s'oppose au droit à l'avortement, à la contraception et au mariage homosexuel.

CONFECH & CRUCH


La Confédération des étudiants chiliens (CONFECH) est constituée par le rassemblement à caractère national des Fédérations des syndicats étudiants des 25 universités « traditionnelles ». La CONFECH regroupe les étudiants des universités du  Consejo de Rectores de las Universdiades Chilenas (CRUCH), Conseil des Recteurs des Universités chiliennes.

Le Conseil des Recteurs des Universités chiliennes (CRUCH) représente les intérêts des universités membres et administre l'Épreuve de Sélection Universitaire (PSU)  (Prueba de Selección Universitaria). Le CRUCH regroupe les 25 universités « traditionnelles » (c'est-à-dire subventionnées par l’État selon un mode compétitif à travers l’apport fiscal direct, qui représente pratiquement 50% du financement gouvernemental de l’enseignement supérieur; ces universités reçoivent la majeure partie de l’apport fiscal indirect).

CHILI : VOITURE D'UN PRÉSIDENT D'UNIVERSITÉ INCENDIÉE

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LA VOITURE DU PRÉSIDENT DE L'UNIVERSITÉ DE SANTIAGO DU CHILI, APRÈS L'ATTAQUE AU COCKTAIL MOLOTOV PHOTO HÉCTOR YÁÑEZ
Des représentants de la confédération des étudiants du Chili (CONFECH), se sont rendus à l’Université de Santiago du Chili (USACH) pour exprimer leur solidarité au doyen Juan Manuel Zolezzi. Ils ont aussi très vite réagi sur Twitter. 

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CAPTURE D'ÉCRAN DU COMPTE TWITTER DE CAMILA VALLEJO

Camila Vallejo, vice-présidente de la Fech, la Fédération des Etudiants de l’Université du Chili, a indiqué que  «  ces pratiques d’intimidation politique sont absolument condamnables » 

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CAPTURE D'ÉCRAN DU COMPTE TWITTER  DE GIORGIO JACKSON
« Je ne peux pas croire que des imbéciles peuvent croire qu’ils font quelque chose de " bien " en brûlant une voiture » , a pour sa part déclaré Giorgio Jackson, l’ex-président de la FEUC (Fédération des Etudiants de l’Université Catholique).

Terroristes ?

Six personnes cagoulées ont commis cette attaque, qualifiée de « terroriste », par le président de la USACH. 
Juan Manuel Zolezzi a aussi déclaré qu’il avait  «  le droit légitime de croire que ces  personnes ne sont pas de l’université » . Mais le mot est lâché : Terroriste. Et repris à mauvais escient par  certains, qui ne se privent pas de cet épisode pour se fendre de certains raccourcis, comme : « la CONFECH est au Chili ce que l’ETA est pour l’Espagne  »  . Ce tweet, d’un militant de la UDI (le parti le plus à droite de l’échiquier politique chilien), se passe de commentaire.

mardi 8 mai 2012

PETIT PORTRAIT DU PRÉSIDENT EN TALONNETTES

AMATEUR DES YACHTS DE LUXE, DES MONTRES ET DES LUNETTES DE MARQUE, SARKOZY A TRÈS PROFONDÉMENT HEURTÉ LA VIE POLITIQUE FRANÇAISE PAR SON MODE DE VIE OSTENTATOIRE ET SES TRÈS PEU PROTOCOLAIRES TALONNETTES. PHOTO : WILSON DIAS.
Petit avocat de droite issu d’une famille d’immigrés hongrois, d’une ambition sans bornes qui ne s’est jamais embarrassé de loyauté, Nicolas Sarkozy a escaladé très jeune les postes ministériels clés menant à la présidence de la République française, à l’ombre de leaders politiques qu’il a systématiquement trahis.
Amateur des montres et des lunettes de marque, Sarkozy a très profondément heurté la vie politique par son mode de vie ostentatoire et ses talonnettes, ses outrances verbales et la surmédiatisation instrumentalisée de la fonction présidentielle.
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NICOLAS PAUL STÉPHANE SARKÖZY DE NAGY-BOCSA, PRÉSIDENT-CANDIDAT DE LA DROITE FRANÇAISE, PENDANT UN MEETING À TOULOUSE LE 29 AVRIL 2012. TRÈS PROCHE DES MILIEUX D’AFFAIRES ET AMI PERSONNEL DES PATRONS DES GRANDS GROUPES DE PRESSE ET DES CHAÎNES DE TÉLÉVISION, IL A ÉTÉ MAIRE DE NEUILLY, QUARTIER CHIC AU NORD-OUEST DE PARIS, SUR LA RIVE DROITE DE LA SEINE. DES SOUPÇONS PÈSENT AUJOURD’HUI SUR LE FINANCEMENT DE SA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE DE 2007, ET UNE ENQUÊTE JUDICIAIRE EN COURS CHERCHE À FAIRE LA LUMIÈRE SUR DES VERSEMENTS OCCULTES FAITS A L'ÉPOQUE EN LIQUIDE PAR LILIANE BETTENCOURT, VIEILLE MILLIARDAIRE À LA TÊTE DU PUISSANT GROUPE L’OREAL. PHOTO : XAVIER DE FENOYL
Il a divorcé avec fracas au début de son mandat et s’est ensuite remarié avec la richissime héritière Carla Bruni, mannequin et chanteuse italienne.
Ses reformes ont consisté en l’allongement de la durée de travail des salariés, des cadeaux fiscaux aux nantis et des coupes sombres dans le budget publique qui ont entraîné la réduction des effectifs de l’administration, la fermeture d’hôpitaux et de commissariats.
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« BLING-BLING », UN DES PREMIERS SURNOMS MOQUEURS ATTRIBUÉS A SARKOZY DÈS LE DÉBUT DU MANDAT, EST UN TERME ISSU DE LA SOUS-CULTURE HIP-HOP QUI DÉSIGNE LE BRUIT DES CHAÎNES EN OR QUI S’ENTRECHOQUENT AU COU DES RAPPEURS. LES RAPPEURS AMÉRICAINS AIMENT À PORTER DES OBJETS OSTENTATOIRES DE RICHESSE, TELLES QUE COLLIERS, BAGUES ET MONTRES HORS DE PRIX SERTIES DE DIAMANTS ET AUTRES PIERRES PRÉCIEUSES. ICI NICOLAS SARKÖZY  AVEC UNE MONTRE ROLEX DAYTON
Le chômage, qu’il avait promis de juguler, a atteint les 10% de la population. Sans véritable projet politique et cherchant clairement à durer, il a soulevé l’animosité entre les partenaires sociaux et n’a pas hésité à stimuler le populisme de l’extrême droite, crispant dangereusement le climat politique français. 

Sa défaite aux élections par François Hollande, candidat du parti socialiste soutenu par une vaste coalition de la gauche radicale autour du Parti communiste, viendra indéniablement apaiser la vie politique en France.